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QUESTION D'ACTU

Vente en ligne

La bataille du médicament sur internet

Le gouvernement a élaboré un guide des bonnes pratiques de la vente de médicaments par internet. Une volonté de réguler ce marché réservé aux pharmacies. Pour l'instant.

La bataille du médicament sur internet JAUBERT/SIPA

  • Publié 01.03.2013 à 15h01
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« Nos docteurs en pharmacie n’ont toujours pas le droit de vendre des médicaments sans ordonnance. Oui, on marche sur la tête. » Michel-Edouard Leclerc persiste et signe à grand renfort de spots publicitaires, il veut pouvoir vendre des médicaments dans ses magasins. Son bras de fer avec les pharmaciens est engagé depuis 2008, mais cette nouvelle campagne de publicité intervient alors que la profession encaisse déjà difficilement l’autorisation de vente en ligne des médicaments.

 Depuis le 1er janvier, la France a dû s’aligner sur la législation européenne et autoriser les premières pharmacies sur internet. L’Ordre des pharmaciens, les syndicats et les groupements d’officines sont très inquiets de cette brèche ouverte dans le marché jusqu’ici très fermé de la vente de médicaments. Ils redoutent que le monopole officinal vole en éclats et que le conseil du pharmacien passe à la trappe avec l'accès direct aux médicaments sans ordonnance.
Alors que les crises sanitaires se multiplient, tous mettent en avant les dangers de cette autorisation (pas de vérification des antécédents, pas de conseils du pharmacien et surconsommation potentielle) et s’interrogent sur son utilité dans le contexte français.

Ecoutez Lucien Bennatan, président du groupement de pharmacies PHR : « Pourquoi faire ? Chaque Français a une pharmacie a moins de 7 minutes de chez lui. Dans quel piège sommes-nous en train de tomber ? »    

 

Le gouvernement a d’abord tenté de limiter cette autorisation aux 455 médicaments autorisés à la vente en libre service dans les pharmacies. Raté, le Conseil d’Etat a retoqué ce texte le 15 février dernier, le jugeant en contradiction avec le texte européen qui portait sur tous les médicaments sans ordonnance. Les 3500 médicaments vendus sans ordonnance mais derrière le comptoir des pharmacies pourront donc eux-aussi être vendus sur internet.
Pour tenter d’encadrer ces ventes en ligne, le ministère de la Santé a élaboré  un guide de « bonnes pratiques », qui semble vouloir décourager au maximum les pharmaciens tentés par la conquête du web. Plusieurs règles restrictives seraient envisagées : imposer des prix identiques en ligne et en pharmacie, limiter les quantités vendues aux doses maximales mentionnées par l’autorisation de mise sur le marché, obliger les pharmaciens responsables des sites à répondre aux questions posées par leurs e-clients et à recueillir les données concernant leurs antécédents et imposer une stricte séparation sur 2 sites internet différents des ventes de médicaments et de produits de parapharmacie.

« Evidemment qu’on ne va pas vendre 45 boîtes d’ibuprofène à la même personne, affirme le pharmacien Cyril Tetart, propriétaire d’une officine à Villeneuve d’Ascq et d’un site de vente en ligne. Le site est vraiment le prolongement de la pharmacie, les exigences éthiques doivent être les mêmes ». Les mêmes mais pas plus draconiennes, critiquent les pionniers de la pharmacie en ligne, pour qui ce guide de bonnes pratiques menace de ressembler à un parcours d'obstacles

 

Ecoutez Cyril Tetart, pharmacien à Villeneuve d’Ascq : « Personne n’oblige la FNAC à avoir les mêmes prix en magasin que sur son site où s’ajoutent des frais de port. C’est l’exception pour la pharmacie française, pour empêcher à tout prix la vente de médicaments sur internet. »



Ce guide de bonnes pratiques est actuellement soumis pour avis à l’Autorité de la concurrence et à la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Bruno Lasserre, le président de l’Autorité de la concurrence, a déjà laissé entendre une voix dissonante en dénonçant la « frilosité française » sur la vente en ligne alors qu’elle représente « une opportunité pour faire jouer la concurrence, (…) faire baisser les prix afin de bénéficier à la fois aux patients et à l’Assurance Maladie ». Pas sûr que la version finale du « guide des bonnes pratiques » parvienne à réconcilier tous les points de vue d’ici la fin du mois de mars.

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