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Urgences, pharmacies

Déserts médicaux : la Corse durement touchée

Par Antoine Costa

Près de 4 millions de personnes vivent à plus de 30 minutes d'un service d'urgences. La Corse cumule les marqueurs du désert médical.

loriklaszlo/epictura

Départ en retraite des généralistes et désamour des jeunes médecins pour les zones rurales, fuite des pharmaciens des petites communes, fermeture d’hôpitaux de proximité… La désertification médicale préoccupe le ministère de la Santé, qui en a fait l’un de ses combats durant le quinquennat de François Hollande.

Les chiffres publiés ce jeudi dans un rapport de la DREES, division statistique du ministère de la Santé, ne rassurent pas. Près de 4 millions de personnes, soit 6 % de la population, habitent à plus de 30 minutes d’un service d’urgences (hôpital et SMUR).

Urgence en Corse

En ajoutant l’accessibilité par hélicoptère, et la présence de médecins correspondants du Samu (MCS), ce chiffre descend à 1 million de personnes (1,6 % de la population). La Corse est la région la plus touchée avec près d’un quart de sa population concernée, suivie de près par la Guyane et la Martinique (22 %), puis la Bourgogne-Franche-Comté.

En dehors de cette dernière région, le rapport de la DREES souligne que pour les zones les plus touchées, la distance temporelle aux services d’urgence est fortement liée à la géographie locale, et aux difficultés d’accès par la route. « Elles sont souvent situées en moyenne montagne, ou dans un environnement où les déplacements sont difficiles », précise-t-il.

Les pharmacies en disent long

Des difficultés qui se retrouvent pour la proximité des pharmacies, que les rapporteurs ont désignées comme l’un des marqueurs les plus représentatifs des déserts médicaux. « Le critère d’éloignement aux pharmacies pourrait être le signe d’une situation de fragilité particulière, expliquent-t-ils. Dans près d’un cas sur deux en effet, l’éloignement aux pharmacies se double d’un faible accès aux médecins généralistes, et dans un cas sur trois, il va de pair avec un éloignement aux services d’urgence.

La pharmacie représente pourtant « un point d’accès simple et rapide au système de santé […] dans une logique de prévention et d’orientation précoce », ajoutent-ils. Si 4 personnes sur 5 ont accès à une pharmacie dans leur commune de résidence, environ 1,6 million de Français habitent à plus de 10 minutes de la pharmacie la plus proche.

Dans le Centre-Val-De-Loire, en Bourgogne-France-Comté, dans le Grand-Est et en Occitanie, régions particulièrement rurales, entre 3,6 et 5,8 % de la population habite trop loin d’une pharmacie. Et encore une fois, la Corse est particulièrement touchée, avec plus de 15 % d’habitants touchés.

Pénurie de pédiatres

Du côté des médecins généralistes, plus de 5 millions de Français habitent dans une commune sous-dotée. Et les mieux lotis ont accès presque trois fois plus facilement à une consultation que les plus isolés.

 


Carte de France du temps d'accès au généraliste le plus proche (DREES, 2017)

 

Ce rapport est encore plus marqué pour les gynécologues (de 1 à 8), les pédiatres (13,8) et les psychiatres (presque 20).

Carte de France du temps d'accès au pédiatre le plus proche (DREES, 2017)

 

 

 

Le bilan de la politique de François Hollande

 La désertification médicale a occupé la ministre de la Santé pendant tout le mandat du président Hollande. Augmentation du numerus claususcréation de maisons de santéaides financières à l’installation de jeunes médecins en zones rurales…

Les pistes gouvernementales, ainsi que les initiatives locales, ont peut-être ralenti le processus. Parmi les promesses de campagne figurait la réduction du nombre de personnes vivant à moins de 30 minutes d’un service d’urgences. Et de ce côté, le pari semble en partie réussi. En 2012, il s’élevait à 2 millions. Il a été divisé par deux durant le quinquennat.