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Etude réalisée à l’Oktoberfest

Les arythmies cardiaques augmentent avec la quantité d'alcool consommée

Par Audrey Vaugrente

La consommation excessive d'alcool est associée à un risque d'arythmie cardiaque. Chez les buveurs de bière de Munich, le risque grimpe avec le nombre de chopes.

46137/Flickr

Organiser une étude lors de la fête de la bière, il fallait oser. La question ne s’est pas posée pour les chercheurs de l’hôpital universitaire de Munich (Allemagne). Electrocardiographe et alcootest sous le bras, ils se sont rendus au célèbre Oktoberfest, à la rencontre des amateurs de bière. L'objectif : déterminer le lien entre excès d'alcool et troubles du rythme cardiaque. Quel meilleur endroit, en effet, pour répondre à cette question ?

Leur audace a payé. Les travaux menés lors du festival montrent, dans l’European Heart Journal, une association entre la consommation d’alcool et un risque d’arythmie cardiaque. La bière a sans doute aidé les 3 000 volontaires à participer à ces recherches. Au long des 16 jours de festival, ces fêtards ont absorbé des quantités variables d’alcool – tout en respectant la limite légale allemande. Dans le même temps, ils ont rencontré les chercheurs et réalisé des électrocardiogrammes ainsi que des tests d’alcoolémie.

Le risque augmente avec les verres

Les résultats donnent le vertige, et l’alcool n’en est pas responsable. En temps normal, 1 à 4 % de la population présente une arythmie cardiaque. Au sein de l’Oktoberfest, plus de 3 personnes sur 10 en souffrent. Parmi eux, un quart a un rythme accéléré, appelé tachycardie sinusale.

Plus l’alcool coule dans les veines des volontaires, plus ils sont à risque d’arythmie. Ainsi, pour chaque gramme d’alcool en plus par kilogramme de sang, la probabilité d’anomalie du rythme grimpe de 75 %. Mais les chercheurs se sont arrêtés à 3 grammes d’alcool par kg de sang. Au-delà, aucune information.

La limite reste tout de même respectable. « Trois grammes d’alcool par kilogramme de sang représente une consommation d’alcool très élevée, à la limite de l’intoxication, rappelle le Dr Stefan Brunner, premier auteur de l’étude. Peu de personnes peuvent le tolérer. » Et pour cause : à jeun, il faut absorber environ 6 litres de bière pour atteindre ce seuil. Le ventre plein, il faudra en ingérer 10 litres. Même les plus enthousiastes buveurs auront donc du mal à atteindre de seuil.

Un risque à long terme

La fête terminée, les chercheurs se sont tournés vers un autre groupe à risque : ceux qui consomment de l’alcool de manière chronique. Parmi eux, 2,7 % présentaient une arythmie et 0,4 % une tachycardie sinusale. La probabilité d’en souffrir augmente de 3 % par gramme d’alcool ingéré par jour.

« Nous avons confirmé l’association entre la tachycardie sinusale et la consommation chronique d’alcool, mais l’ampleur de cet effet est nettement moins forte que celle d’une consommation aiguë à l’Oktoberfest », souligne le Dr Moritz Sinner. Les conclusions n’en restent pas moins inquiétantes. En effet, l’arythmie augmente le risque de développer une fibrillation atriale, c’est-à-dire une irrégularité chronique du rythme cardiaque. A long terme, elle peut provoquer des insuffisances cardiaques ou des AVC.

Les arythmies cardiaques au décours d’un week-end ne sont pas inconnues du milieu médical. Les anglophones les ont même baptisées « holiday heart syndrome » (syndrome cardiaque des vacances). Ces travaux devraient aider à mieux comprendre ces symptômes. La plupart du temps, ils sont temporaires et se résorbent une fois la sobriété récupérée. Mais les personnes souffrant, à leur insu, d’une maladie cardiaque pourraient développer des manifestations plus durables, ou décompenser à l'occasion d'une soirée trop arrosée.