ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Grippe : un vaccin plus dosé protègerait mieux les seniors

Années à haut risque

Grippe : un vaccin plus dosé protègerait mieux les seniors

Par Audrey Vaugrente

Limiter les complications liées à la grippe chez les seniors serait possible. Un vaccin plus dosé en antigènes protège mieux les personnes âgées par rapport à une dose standard.

lisafx/epictura

La grippe saisonnière aura été particulièrement meurtrière cette année. En huit semaines d’épidémie, le virus a causé plus de 1 000 cas graves. Dans un bulletin épidémiologique, Santé Publique France estime à 21 000 décès l’excès de mortalité au cours de la saison hivernale. La majorité de ces trépas est attribuable à l’infection.

Les personnes âgées sont à l’épicentre de l’épidémie 2016-2017. Les 65 ans et plus représentent deux tiers des cas graves admis en réanimation. En cause, la souche H3N2, connue pour favoriser les complications chez les seniors. La vaccination, censée les en protéger, s’est pourtant avérée peu efficace… alors qu’elle contenait les bonnes souches.

Plus d'antigènes

Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) apportent un élément de réponse à ce paradoxe. Les vaccins standard ne sont peut-être pas assez dosés pour un public dont le système immunitaire est moins actif.

« C’est une population qui inquiète toute le monde. Un bon nombre des complications sévères de la grippe surviennent chez les personnes âgées », explique David K. Shaw, du département de la grippe aux CDC. Son équipe montre, dans le Journal of Infectious Diseases, qu’un équivalent « à haute dose » - donc plus chargé en antigènes – serait plus efficace pour éviter les complications.


Cette étude s’appuie sur la base de données du système Medicare, qui recense notamment les personnes vaccinées contre la grippe et leur état de santé. Les chercheurs ont comparé deux groupes de seniors : ceux qui ont reçu le vaccin standard et ceux qui ont reçu un vaccin à haute dose. Cette comparaison a été réalisée au cours de deux saisons grippales, 2012-2013 et 2013-2014. La première est très proche de cette année dans la mesure où la souche majoritaire était H3N2.

Moins de décès et d’hospitalisations

Lorsque le virus H3N2 est en circulation, le vaccin à haute dose se révèle plus efficace que son équivalent standard. En 2012-2013, il a réduit de 35 % le risque de décès après une hospitalisation. Il a aussi diminué le nombre de consultations et hospitalisations de 20 %. La saison suivante, en revanche, n’a pas permis les mêmes bénéfices : le virus H1N1 était majoritaire. Cette version du vaccin devra donc être réservée aux années à haut risque.

Ces résultats sont une source d’enthousiasme pour Arnold Monto, de l’université du Michigan (Etats-Unis). Dans un éditorial associé à l’étude, il estime que cette piste mérite d’être creusée. « L’amélioration de nos vaccins contre la grippe, qui ont 70 ans, est possible », estime cet épidémiologiste.

Un premier vaccin pour la saison prochaine

L’épidémie de grippe est officiellement terminée depuis le 1er mars. Santé Publique France l’a confirmé dans son bulletin épidémiologique. Un peu moins de deux millions de Français auront consulté leur médecin.

Mais ce n’est pas l’heure du bilan pour tous. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) anticipe et livre, ce 2 mars, ses recommandations pour la prochaine saison grippale (2017-2018).

Pour l’hémisphère nord, les vaccins trivalents devront contenir trois souches, selon l’agence sanitaire : H1N1, H3N2 et un virus B de type Brisbane. Les produits qui incluent une quatrième souche auraient tout intérêt à intégrer un deuxième virus de type B. Ces recommandations devront être confirmées par les autorités sanitaires de chaque pays.