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QUESTION D'ACTU

Présidentielle 2017

François Fillon : la politique de santé du candidat de la droite

ENTRETIEN - François Fillon a remporté  la primaire de la droite et du centre. Il répond à cinq questions de Pourquoidocteur

François Fillon : la politique de santé du candidat de la droite Sarah ALCALAY/SIPA

  • Publié 28.11.2016 à 07h38
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La primaire de la droite et du centre pour l'élection présidentielle de 2017 s'est terminée ce dimanche avec la victoire de François Fillon. L'ancien Premier ministre s'est largement imposé en raflant 66,5 % des votes face au maire de Bordeaux, Alain Juppé. Contacté récemment par Pourquoidocteur (1), l'homme de la Sarthe nous avait livré son programme santé pour la France. PMA, prise en charge de l'innovation thérapeutique, déserts médicaux... autant de questions auxquelles le candidat choisi de la droite à l'élection présidentielle a répondu.

La collectivité ne pourra plus prendre en charge le coût des médicaments innovants. Doit-on consacrer un budget spécifique à la prise en charge de ces thérapies, et comment le financer ?
François Fillon : Les laboratoires pharmaceutiques développent en s’appuyant sur la recherche académique des médicaments d’actions inédites qui constituent une véritable rupture thérapeutique. Il faut s’en réjouir. Le corollaire de « innovant » dans le domaine est aujourd’hui « onéreux » et la question de la soutenabilité à terme pour notre système de santé des dépenses induites est effectivement posée. Que le budget soit spécifique, sanctuarisé ou non, il pèsera de la même façon sur l’ensemble des dépenses. 
Ce qui importe est de définir avec les industriels le juste prix. Plusieurs éléments pourraient être pris en compte : une part de l’économie des dépenses réalisées, le nombre d’années de vie gagnées en prenant en compte la qualité de vie du malade traité et la part du chiffre d’affaire du laboratoire transféré à sa R&D. N’oublions pas de plus que le soutien à la recherche et à l’innovation française est indispensable afin de garder notre souveraineté sanitaire.

 

Médicament
Ce qui importe est de définir avec les industriels le juste prix.


Les complémentaires Santé s’engagent dans un modèle d’assurance à la carte. Faut-il encourager financièrement les assurés qui ont une bonne hygiène de vie (alimentation, activité physique, etc.) et/ou pénaliser ceux qui prennent des risques (alcool, tabac, etc.) ?
François Fillon : Notre santé est notre bien le plus précieux. Bien souvent, nous n’avons cependant pas conscience de sa fragilité. L’éducation à la santé est en ce sens un enjeu majeur. Elle doit débuter dès le plus jeune âge. Faut-il néanmoins aller au-delà et responsabiliser les assurés à avoir une bonne hygiène de vie ? Oui, et les mesures financières incitatives sont un levier. 
En revanche, il n'est pas question de pénaliser une personne qui présente une addiction que ce soit au tabac, à l’alcool ou autre. La réponse est plus médicale que financière. Ajoutons néanmoins que dans la lutte contre le tabagisme l’augmentation du prix du paquet de cigarettes reste l’action la plus efficace.

 

Prise en charge
Il n'est pas question de pénaliser une personne qui présente une addiction.


L’hôpital doit à la fois concilier l’excellence médicale avec ses missions sociales. Compte tenu des contraintes budgétaires, la tarification à l’activité (T2A) vous paraît-elle adaptée à cette double exigence ?
François Fillon : Les établissements de santé, qu’ils appartiennent aux secteurs public ou privé, que ce dernier soit à but lucratif ou non, doivent présenter une excellence médicale en termes de qualité et sécurité. C’est une exigence de notre système de soin.
Les établissements public et privé à but non lucratif mènent de plus effectivement des actions de santé publique et d’innovation qui comprennent notamment la prise en charge de patients en situation de précarité. Ces actions sont financées par les dotations MIGAC, Missions d’Intérêt Général et Aide à la Contractualisation, dont le montant est discuté annuellement.
Rappelons cependant que l’hôpital public est en crise. Les personnels soignants sont harassés par des conditions de travail difficiles en partie liées à des postes non pourvus, aux 35 heures hospitalières, au manque d’attractivité des carrières hospitalières et à des tensions parfois violentes avec certains malades et leurs proches. Un plan hospitalier national est à mettre en œuvre.

 

Déserts médicaux
Il faut des mesures financières incitatives favorisant l'installation des médecins.


Un généraliste sur quatre ne sera pas remplacé d’ici 2025. Comment comptez-vous lutter contre les déserts médicaux ?
François Fillon : C’est une situation paradoxale. S’il n’y a jamais eu autant de médecins formés en France, le temps médical disponible n’a jamais été aussi faible. La relève ne veut plus travailler 60 heures par semaine et je les comprends. Les médecins sont noyés sous la paperasse. Les charges administratives représentent de l’ordre de 15 % d’une journée d’un médecin. La généralisation du tiers payant ne va pas arranger les choses ! Il faut aider les praticiens à constituer un secrétariat médical, il faut des mesures financières incitatives favorisant leur installation.
Enfin, un chiffre est très surprenant : alors que l’université forme 7 500 nouveaux médecins par an, près de 2000 (25 %) ne s’inscrivent pas au Conseil de l’Ordre. Comprendre pourquoi ces jeunes médecins n’exercent pas est essentiel car ils peuvent être une réponse à nos territoires sous-dotés en particulier. C’est d’autant plus essentiel quand 85% des inscrits en 1ère année de médecine ne serons pas reçus en deuxième année.

Procréation médicalement assistée
La République ne peut délibérément faire naître des enfants sans père.


Dans un manifeste, des médecins français ont reconnu avoir aidé des couples lesbiens et des femmes seules à recourir à la PMA à l’étranger. Peut-on continuer à la réserver aux couples hétérosexuels ?

François Fillon : Certains médecins orientent leurs patientes vers des centres d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) hors de nos frontières. Les couples de femmes et les femmes seules savent s’adresser directement à des centres d’AMP à l’étranger.
Je me suis exprimé dans mes propositions Familles et Solidarités sur l’accès à l’AMP. L’AMP est une réponse médicale à des couples de sexe différents confrontés à une infertilité médicale. 
La République ne peut délibérément faire naître des enfants sans père. L’intérêt de l’enfant doit prévaloir. En revanche, il est nécessaire de savoir accueillir les enfants nés alors qu’ils n’ont aucune responsabilité dans l’origine de leur naissance et de leur donner une stabilité juridique, stabilité qui ne passe pas cependant par l’adoption plénière.

1) Entretien réalisé le 4 octobre 2016

Le remède de cheval du Dr François Fillon   

S'il est élu en 2017, François Fillon demandera de nombreux efforts aux professionnels de santé. Il entend ainsi mettre fin aux 35 heures pour les fonctionnaires. Et l'hôpital est concerné d'après sa porte-parole santé le Pr Dominique Stoppa-Lyonnet. L'oncogénéticienne a en effet expliqué que ces derniers devront travailler 39 heures en étant payés 37 heures. La proposition est encore floue.

François Fillon veut également responsabiliser les patients en revoyant les rôles respectifs de l'Assurance maladie et des complémentaires. Concrètement, le Pr Stoppa-Lyonnet confirme que l'idée est de redéfinir le panier de soins actuel, Le premier, dit solidaire, serait pris en charge par l'Assurance maladie « pour les maladies graves, et les maladies de longue durée ». A côté, un panier de soins individuel, pris en charge par l'assuré ou un organisme complémentaire, comprendrait les autres maladies bénignes, comme le rhume, la grippe ou les premières consultations. « Mais tout n'est pas écrit, tout est à améliorer », nous a précisé Dominique Stoppa-Lyonnet. Elle a indiqué par exemple que « les maladies pédiatriques devraient rester remboursées par l'Assurance maladie obligatoire ». Derrière cette réforme, il y a bien évidemment l'idée d'augmenter la participation des complémentaires santé qui, à l'heure actuelle, ne gèrent que 13,5 % des dépenses de santé.

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