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David Nocca, chirurgien de l’obésité

Un mexicain de 500 kg : comment le corps s’adapte à cette surcharge pondérale

Par Audrey Vaugrente

ENTRETIEN – Un Mexicain de 32 a quitté son domicile pour soigner son obésité. Il pèse 500 kilos. A ce stade, le corps s’adapte mais  se dégrade.

Capture d'écran YouTube

L’histoire de ce Mexicain a fait le tour du monde. Juan Pedro Franco Salas, 32 ans, affiche 500 kilos sur la balance. Pour la première fois depuis six ans, il est sorti de son domicile, direction l’hôpital. Après un régime de six mois, une chirurgie qui vise à réduire la surcharge pondérale lui sera proposée. Sur ses deux jambes, l’homme est parvenu à rejoindre l’ambulance. L’obésité est chronique chez ce patient : à l’âge de 17 ans, Juan Pedro Franco Salas pesait déjà 230 kg. A ce stade, se lever est difficile et une assistance respiratoire est nécessaire.
Alors, comment l’organisme s’adapte-t-il à ces kilos supplémentaires ? Quelles sont les conséquences ? C’est la question qu’a posé Pourquoidocteur au Pr David Nocca. Il est responsable de l’équipe de chirurgie bariatrique au CHU de Montpellier (Hérault).

Comment les muscles et l’ossature évoluent-ils ?

Pr David Nocca : La prise de poids affecte d’abord les articulations. Elles dégénèrent plus vite, surtout lorsqu’elles sont portantes – la hanche et les genoux. L’autre point peu connu, c’est que la graisse peut favoriser l’inflammation. Cela se traduit par des douleurs articulaires qui se joignent à l’arthrose sous forme d’arthrite. Au niveau musculaire, la graisse impacte la puissance.

Les maladies cardiovasculaires sont plus fréquentes…

Pr David Nocca : On sait que l’obésité rend plus sensible aux infarctus du myocarde. Mais on observe aussi des insuffisances ventriculaires, qui se traduisent par une difficulté à s’adapter à l’exercice. Le cœur grossit mais la graisse se stocke dans le muscle, y compris au niveau du cœur. Il va grandir en taille mais perdre en fonction contractile. C’est un début d’insuffisance cardiaque.

Le volume sanguin est-il plus important ?

Pr David Nocca : On ne le sait pas. On est très en demande d’études sur la physiologie de l’obèse. Au niveau des membres inférieurs, surtout sur des poids très élevés au-dessus de 200 kg, le problème de retour veineux est très préjudiciable. Des varices apparaissent, des phlébites se développent plus fréquemment… Les patients ont aussi des difficultés à mobiliser les articulations. Tout cela fait que le patient aura des répercussions sur la capacité cardiorespiratoire.

Justement, comment s’adapte-t-elle ?

Pr David Nocca : Paradoxalement, plus l’obèse est volumineux, plus le poumon est petit. La fonction respiratoire est diminuée de façon importante : il n’y a pas assez de place pour que les poumons s’étendent. La graisse prend plus de place et la cage thoracique a plus de mal à s’étirer, d’autant que les muscles fonctionnent moins bien.


Vos équipes d’anesthésie doivent-elles s'ajuster ?

Pr David Nocca : L’anesthésie a très bien progressé. 50 000 opérations de chirurgie bariatrique en un an a donné une expérience considérable aux anesthésistes. Il y a de moins en moins de complications au niveau des phlébites et des embolies. Cela reste difficile et plus à risque que pour quelqu’un de poids normal. L’anesthésie de l’obèse est à risque mais on est surtout embêtés pour les antibiotiques et les autres médicaments. Même pour adapter les doses, beaucoup de questions restent sans réponse en 2016.  Les anesthésistes-réanimateurs sont souvent dans l'embarras pour administrer des médicaments. Il faut vraiment s’intéresser à la pharmacologie de l’obèse.

Les établissements, eux, doivent s'adapter...

Pr David Nocca : Nous avons eu de la chance : avec le développement de la chirurgie bariatrique, les hôpitaux ont été obligés de s’adapter, en achetant des tables opératoires, des lits, des brancards. Les centres spécialisés obésité (régionaux, ndlr) sont dédiés à la prise en charge des personnes en état d’obésité extrême.
Le CHU de Montpellier, qui est le CSO de l’Occitanie, a acheté une ambulance pour récupérer les patients qui dépassent 250 kilos. Il est obligatoire que ces CSO aient des structures adaptées aux poids extrêmes. Une ambulance normale ne peut pas prendre en charge un patient de 250 kilos.

Par ailleurs, la prise en charge doit être organisée directement au CSO, avec l’ambulance ou l’hélicoptère adéquat, même sur du tout-venant. On parle de patients à plus de 200 kilos. C’est rarissime mais cela peut arriver. Pour eux, on a des tensiomètres, des balances, du matériel de ponction. Même le matériel opératoire est adapté.

La médecine française tient-elle compte de cette tendance ?

Pr David Nocca : Nous ne sommes pas prêts. L’ensemble des disciplines médicales doit adapter ses outils à l’obésité. Aujourd’hui, les patients qui passent dans mon service racontent tous la même histoire. Les gens sont en souffrance et ont été abandonnés par le milieu médical. On sent dans leur discours qu’il y a une discrimination et un handicap. Je voudrais que l’obésité soit reconnue comme une maladie chronique grave et qu’on valide qu’il s’agit d’un handicap lorsqu’elle est morbide. Dans les avions, les places de parkings, les cinémas… l’obèse de 180 kg est handicapé.

 

Retrouvez l'émission Pourquoidocteur avec le Pr David Nocca,
CHU de Montpellier (Hérault),
diffusée le 20 ma 2016