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Séquelles psychologiques

Attentats du 13 novembre : 600 patients toujours suivis

Par Audrey Vaugrente

ENTRETIEN - Un an après les attentats, l'organisation des soins pour les victimes de Paris et Saint-Denis reste difficile. 

Claudius DORENROF/Flickr

Les attentats de Paris ont laissé des plaies à vif. Près d’un an s’est écoulé depuis la première explosion à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et le premier coup de feu à Paris. L’attaque, d’une ampleur inédite en France, a coûté la vie à 130 personnes. 413 autres ont été blessées. Pour la plupart, les blessures relèvent du passé. Mais 20 victimes doivent toujours se rendre régulièrement à l’hôpital. D’autres séquelles sont invisibles et bien plus nombreuses. 600 patients sont encore « suivis pour troubles psychologiques », a annoncé Juliette Méadel, secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes, sur France 2.

C’est un véritable parcours du combattant qui se déroule dans l’ombre pour ces centaines de victimes. Récemment, l’Etat leur a reconnu le préjudice d’angoisse, qui ouvre la voie vers l’indemnisation. Sur le plan des soins, en revanche, la route est semée d’embûches.

Un secteur saturé

Dans les premières heures qui suivent les attentats, des Cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) sont déployées. Elles resteront en place un mois entier. Leur rôle : repérer les personnes en souffrance et leur proposer une prise en charge. « Il y a des manifestations d’angoisse, de traumatisme, de reviviscence… Avec ou sans soin, elles peuvent être résolues en quelques jours ou semaines », explique le Pr Thierry Baubet, responsable de la CUMP 93. Mais dès cette étape, plusieurs victimes passent entre les mailles du filet. Déclaration tardive des symptômes, bien-être apparent… les raisons sont nombreuses. Le problème, c’est qu’au-delà d’un mois, le trouble peut devenir chronique.

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Thierry Baubet, responsable de la CUMP 93 : « Toute une population n’est pas prise en charge par les dispositifs d’urgence. Il est important de le savoir lorsqu’on se déploie. »


L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) est en première ligne pour les soins psychologiques. A ses côtés, les professionnels libéraux qui officient dans la santé mentale. Mais le secteur est déjà saturé. L’ampleur des attentats du 13 novembre n’a pas arrangé la situation. « En Seine-Saint-Denis, on peut demander jusqu’à un an d’attente dans les structures publiques », illustre Thierry Baubet, chef du service de psychopathologie de l’enfant, de l’adolescent, psychiatrie générale et addictologie à l’hôpital Avicenne (Bobigny, Seine-Saint-Denis). Il plaide en faveur de la création de centres ressources, destinés à créer un réseau et orienter les patients.

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Thierry Baubet : « En Seine-Saint-Denis, on travaille avec un réseau de partenaires publics et privés. On arrive à trouver des solutions d’orientation. »


Ces centres présenteraient un avantage majeur : ils constituent un point d’entrée unique pour les victimes qui n’auraient pas été repérées. Car à l’heure actuelle, aucune organisation à l’échelle nationale n’est proposée. Les patients en souffrance, eux, sont plutôt nombreuses. Parce qu’elles préfèrent éviter de revivre le traumatisme, mais aussi parce qu’elles ne se sentent pas légitimes. « De tels événements nous montrent qu’il est important d’améliorer l’information des confrères, notamment des médecins généralistes, sur les stratégies thérapeutiques, la reconnaissance et le dépistage des troubles », confirme Thierry Baubet.

Etudier pour comprendre

Le caractère exceptionnel des attentats pose un problème supplémentaire aux professionnels de santé. Toute une dimension de la prise en charge psychologique s’est ouverte. Pour répondre aux multiples problématiques que cela soulève, plusieurs études ont été lancées dans la capitale. L’une d’entre elles, Paris Mémoire Vive, teste l’efficacité d’un bêtabloquant, le propranolol, en traitement du stress post-traumatique.

De son côté, Thierry Baubet déplore le manque d’attention prêté aux autres maladies qui peuvent se déclarer : dépressions, troubles anxieux, addictions…« C’est un gros problème : on ne parle que du stress post-traumatique, souligne-t-il. Il y a beaucoup d’autres conséquences qu’on connaît beaucoup plus mal. »

L’étude à laquelle collabore le Pr Baubet s’intéresse au suivi des victimes au sens large. ESPA 13 novembre est un projet sous forme de questionnaires. Les victimes directes des attentats, les familles et les intervenants sont appelés à y répondre. Le volet « santé publique » se décompose en trois phases : identifier la nature de l’exposition, évaluer l’état de santé du répondant et son utilisation du système de santé. « L’idée c’est que ces résultats nous servent à informer les autorités pour améliorer les politiques publiques d’aide aux victimes, notamment en matière de santé, et voir ce qui est prioritaire », résume Thierry Baubet.

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Thierry Baubet : « On évalue l’utilisation du système de soins depuis les premières heures et la satisfaction quant aux soins reçus. »