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Piste thérapeutique

Alzheimer : cibler une protéine pour retarder la maladie

Par Anne-Laure Lebrun

En bloquant l'accumulation de la protéine Tau dans les neurones, il serait possible de prévenir la dégénérescence cérébrale.

ocskaymark/epictura

Prévenir l’accumulation de protéines toxiques dans le cerveau retarderait l’apparition de la maladie d’Alzheimer, suggère une étude publiée dans Neuron. Une stratégie qui s’est avérée efficace chez des cobayes de laboratoire.

La maladie d’Alzheimer et les démences sont des pathologies neurodégénératives évoluant très lentement. Les pertes de mémoire, la désorientation, troubles de la paroles ou de l’écriture se manifestent plus d’une décennie après le début de la maladie.
« Jusqu’à maintenant les scientifiques se sont surtout intéressés aux derniers stades de la maladie d’Alzheimer, explique le Dr Cristian Lasagna-Reeves l’un des auteurs de l’étude et chercheur à l’université Baylor (Etats-Unis). Nous souhaitions comprendre ce qui se passait au tout début de la maladie, bien avant que les premiers signes cliniques irréversibles n’apparaissent, avec l’intention de prévenir ou réduire les événements menant à des dégâts dévastateurs des années plus tard ».

Cette dégénérescence est causée par deux molécules : les plaques amyloïdes et la protéine Tau synthétisée par les cellules neuronales. Leur accumulation dans le cerveau favorise la désorganisation des neurones et leur mort. Les chercheurs ont alors supposé qu’en évitant l’agrégation de protéines Tau, ils pourraient prévenir l’apparition d’Alzheimer.


Prévenir et traiter

Pour ce faire, les chercheurs ont ciblé une enzyme responsable de la production de la protéine Tau appelée Nuak1. En bloquant cette molécule, ils ont en effet observé une diminution du taux de protéine Tau dans des cellules de cerveau humain et de la mouche drosophile. Une réduction également visible chez l’insecte vivant.

En outre, ils ont pu confirmer le rôle de cette enzyme chez la souris. Lorsque Nuak1 est inhibée, la concentration de protéines Tau chute ce qui l’empêche de s’accumuler dans le cerveau de l’animal et provoquer une dégénérescence.
Plus intéressant encore, chez des souris souffrant d’Alzheimer, bloquer l’enzyme Nuak1 a permis d’améliorer leur comportement et prévenir l’apparition de nouvelles lésions.

Pour les chercheurs, ces résultats indiquent que Nuak1 est une cible thérapeutique pour ralentir ou traiter la maladie d’Alzheimer ou d’autres démences. « Tout comme les patients qui prennent des médicaments contre le cholestérol pour prévenir les maladies cardiovasculaires, on peut imaginer qu’à l’avenir les personnes à risques de la maladie d’Alzheimer pourraient prendre des médicaments permettant de maintenir une faible concentration de protéine Tau », espère le Dr Cristian Lasagna-Reeves.