ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Deux nouveaux conservateurs responsables d’eczéma

Allergies

Deux nouveaux conservateurs responsables d’eczéma

Par Afsané Sabouhi

Les cas d’eczéma allergique se multiplient. En cause ? Le conservateur qui a remplacé les parabènes dans nos cosmétiques et le successeur du diméthylfumarate dans nos chaussures.

ADRIAN

Eczéma de contact. Le diagnostic est de plus en plus fréquent chez les dermatologues. Il s’agit de la manifestation typique de la peau allergique : des plaques rouges, des démangeaisons voire parfois de petites cloques sur une surface de peau plus ou moins étendue.

En 2008, lorsque des canapés et des chaussures ont provoqué des cas d’allergies graves sur les pieds, les cuisses voire tout le corps, on a rapidement incriminé le diméthylfumarate ou DMFu. Ce produit, utilisé pour empêcher le développement de moisissures pendant le transport par containers, entrainait ces eczémas allergiques.

Depuis 2009, la commercialisation et l’importation de produits contenant du diméthylfumarate sont normalement interdites. « Mais nous continuons à voir des patients avec des réactions allergiques à leurs chaussures. Et ce ne sont pas forcément des produits bas de gamme, même les marques de luxe sont concernées », souligne le Pr Annick Barbaud, responsable de l’unité de dermato-allergologie du CHU de Nancy.
Un test cutané réalisé par un dermato-allergologue permet de savoir s’il s’agit d’une allergie vraie au diméthylfumarate. « Sur les 7 cas graves que j’ai vu cette année, le test était négatif. Soit ces patients ont fait une réaction d’irritation et pas une véritable allergie, soit les industriels ont remplacé le diméthylfumarate par une autre molécule tout aussi allergisante », craint cette dermatologue.

C’est exactement ce qui s’est passé avec les parabènes. Utilisés comme conservateurs dans les cosmétiques, les lingettes nettoyantes et les produits ménagers, ils sont soupçonnés depuis quelques années d'être des perturbateurs endocriniens, c'est-à-dire de nuire à notre système reproducteur. La mention « sans parabènes » est donc apparue sur nos cosmétiques, comme un argument marketing supplémentaire. Mais le conservateur qui les a remplacé, la méthylisothiazolinone, s’avère hautement allergisant. « Nous voyons de plus en plus de patients avec un eczéma de contact sur les mains ou sur le visage, explique Annick Barbaud. Ce produit est si volatil que certaines personnes souffrent de gêne respiratoire simplement lorsqu’ils sont dans une pièce dont le sol a été lavé avec un nettoyant à la méthylisothiazolinone ».

Les dermatologues, qui étaient réunis en congrès à Paris en fin de semaine dernière, appellent les industriels à faire disparaître la méthylisothiazolinone au moins des lingettes nettoyantes. Utilisées sans rinçage, celles-ci laissent le produit allergisant en contact prolongé avec des zones de peaux fragiles, celle du visage ou celle des fesses de bébés. Or le maintien du contact entre la peau et le produit accentue l’eczéma. Mais Annick Barbaud ne se fait guère d’illusion : « Pour le moment, les techniques de packaging ne permettent pas d’envisager des cosmétiques sans conservateurs. Les industriels auront donc recours à d’autres substances probablement aussi allergisantes. » Une bonne nouvelle tout de même, un eczéma de contact disparait rapidement si il est traité et si tout contact avec le produit incriminé est évité.