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Drogues : la proposition contestée des addictologues français

Par Stéphany Gardier

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Le principe de réduction des risques en matière de consommation de stupéfiants a décidément bien du mal à passer en France. Alors que certains habitants du 10e arrondissement de Paris sont vent debout contre l’ouverture prochaine d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR), abusivement rebaptisée « salle de shoot », un rapport de la Fédération française d’addictologie retourne le couteau dans la plaie de la prise en charge des toxicomanies.
Publié ce lundi, le document présente 15 recommandations visant à « la réduction des risques et des dommages liés aux conduites addictives ». Parmi elles, la recommandation 7 qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Elle suggère d’ « ouvrir des espaces de consommation à moindre risque au sein des lieux existants », c’est-à-dire dans les CSAPA et les CAARUD, centres spécialisés dans l’accueil des toxicomanes. L’analyse des produits stupéfiants apportés par les consommateurs est aussi préconisée. Une démarche qui est déjà répandue lors de certains festivals estivaux.

 

Cette proposition, comme les 14 autres, est le fruit des débats menés à Paris les 7 et 8 avril derniers, lors des premières auditions publiques sur la réduction des risques, organisées par la FFA. Menées selon la méthodologie développée par la Haute autorité de santé (HAS), ces auditions « 2.0 » (retransmises en direct sur internet) avaient été l’occasion de présenter les résultats des différentes expérimentations réalisées en France, mais aussi à l’étranger, pour valoriser et développer la réduction des risques. Et si le rapport final synthétise le consensus obtenu par la quinzaine d’experts présents, il est loin de faire l’unanimité.

Alors qu’elle participe dès ce mardi à l’UNGASS, réunion de l’International Drug Policy Consortium sous l’égide de l’ONU à New-York, pour y défendre la politique de la France en matière de prévention des toxicomanies, la présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), Danièle Jourdain-Menninger, a réagi dans Le Figaro à cette proposition : « L'État n'est ni sur cette ligne, ni sur cette orientation. Nous avons choisi une autre voie, avec l'expérimentation des “salles de consommation à moindres risques”, un protocole très cadré où il y aura un travail commun entre justice, police et médecins, un suivi et des évaluations. On ne veut surtout pas d'injections autorisées en dehors de ce cadre ».
Le décret permettant l’ouverture des SCMR en France a été récemment publié, et les deux premières devraient être opérationnelles à l’automne prochain à Paris et Strasbourg. Marseille et Bordeaux se sont également portées candidates pour expérimenter ce type de lieux, qui ont démontré leur efficacité à l’étranger, notamment en Suisse, où ils existent de longue date.