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QUESTION D'ACTU

Ouverture à l'automne

"Salle de shoot" : petite guerre civile dans le 10e à Paris

Un débat public a réuni les habitants du 10e arrondissement de Paris. L’occasion de mesurer les profondes divisions entre opposants et défenseurs des salles de consommation à moindre risque.

\ La mairie du 10e arrondissement où s'est tenu le débat JPDN/SIPA

  • Publié 14.04.2016 à 08h16
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Ils sont assis là, à la tribune face à la foule. Hommes politiques, membres associatifs, représentants de la communauté scientifique et de la préfecture de police. Une petite armée venue défendre les salles de consommation à moindre risque, devant un public bien décidé à les combattre. Pour une partie, en tout cas.

Ce mardi, l’assemblée de riverains réunie à la mairie du 10e pour un débat public sur les « salles de shoot » a des allures de classe dissipée. Des « bouh » et des « pfff » fusent, ça et là. L’intervention de Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mildeca*, sur les bénéfices du dispositif fait l’objet d’une écoute circonspecte. Bernard Jaulmier n’a pas cette chance.

Sous les huées, l’adjoint Santé à la Mairie de Paris peine à finir son discours. « Le nombre de seringues retrouvées dans les espaces publics de Barcelone a été divisé par huit grâce à la salle de consommation ! », défend-il en tentant de couvrir de sa voix les réactions révoltées des riverains peu sensibles à l'argumentaire scientifique. Le maire du 10menace de mettre fin au « débat ». Bernard Jaulmier opine de la tête. « On a l’habitude des controverses, quand on est médecin, mais normalement, on s’écoute… »

Ecoutez...
Le débat public sur les salles de consommation à moindre risque, organisé à la mairie de Paris 10e le 12 avril 2016.

"Sacré bordel"

Atmosphère délétère, donc, à l’image du climat qui règne ces derniers mois entre les habitants du 10e arrondissement de Paris, où la première salle de consommation à moindre risque en France doit voir le jour à l’automne. Elle se situera tout près de la Gare du Nord et du Boulevard de la Chapelle, où le nombre d’usagers atteint des proportions alarmantes, générant des problématiques multiples (accidents, infections, surdoses, trafic, nuisances sonores...). 

Les « pour » et les « contre » se toisent, flirtant parfois avec la provocation. Les premiers pensent qu’ « il faut tenter, de toutes façons ça ne peut pas être pire », quand les seconds craignent les attroupements d’usagers aux abords de la future salle, la « concentration de la toxicomanie du tout Paris dans le 10e », l’insécurité. L’image du drogué dangereux est tenace. « Où étiez-vous lorsque nos gardiennes se sont fait violemment agresser ? » lance une femme, membre du Collectif des habitants du quartier Saint-Vincent-de-Paul Paris 10e. Quelques insultes s'échappent des rangs.

« Mais laissez-moi terminer, je représente les habitants du quartier », s’exclame-t-elle encore, sous une pluie de commentaires agacés. « Pas tous les habitants, ne l’oubliez pas ! ». Sur la question, les collectifs locaux d'habitants sont divisés, tantôt farouchement opposés à une installation en zone résidentielle, tantôt favorables sous conditions. Certains promettent de porter le combat devant les tribunaux.

Banal désaccord propre à toute démocratie ? Ambiance guerre civile entre ces riverains ? Un homme, la quarantaine, soupire. « Personne n’y connaît rien, mais tout le monde a un avis ! Je ne sais pas si c’est une bonne chose, cette salle. Ce qui est sûr, c’est que ça fout un sacré bordel dans les relations entre habitants ».

Finalement, le fond du sujet n’est que peu abordé. « Je m’en vais, ça ne sert à rien, déplore Annette, mère de famille. J’ai entendu ma voisine expliquer que c’était bien fait, il ne fallait pas voter Hollande. Ca ne vole pas très haut ». Au milieu du vacarme, ceux qui optent pour la nuance restent peu audibles.

Ecoutez...
Annette, mère d'une jeune fille, habitante du 10e  : « Je comprends que les gens soient craintifs, mais beaucoup ne réagissent pas du tout au sujet lui-même. Ils sont juste opposés au maire socialiste. »

 

Intégrer la population au projet

Comment intégrer la population locale à ce projet ? La question reste entière, alors que beaucoup déplorent « le manque de concertation », et s’estiment placés devant le fait (quasi) accompli. A travers le monde, une petite centaine de salles de consommation ont vu le jour, avec parfois les mêmes problématiques de voisinage. A Genève, il a fallu s‘armer de patience pour faire accepter le dispositif, qui vise autant à réduire la mortalité et les infections parmi les usagers, qu’à limiter les nuisances à l’ordre public. Le pari semble pourtant gagné, et la population, conquise.


* Mildeca : Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Comportements Addictifs

Strasbourg : implantation en terre sereine

A Strasbourg, la future salle de consommation fait moins de tapage qu’à Paris. Elle sera située aux abords du Centre Hospitalier Universitaire, dans un quartier central mais à plusieurs centaines de mètres des premiers immeubles.

Est-ce cela qui explique une moindre levée de boucliers de la part des riverains ? Pas sûr. « Notre Caarud(1) et notre Csapa(2) sont localisés en plein centre ville et devant la médiathèque, dans un coin très passant, explique Gauthier Waeckerlé, directeur adjoint de l’association Ithaque qui pilotera la salle de consommation. Les riverains ont l’habitude ; ils constatent qu’il n’y a que très rarement des problèmes ».

En amont, des réunions d’information, opérations tractage et journées portes ouvertes ont été organisées pour familiariser la population. « Les gens étaient réceptifs. Il n’y a pas de secret : si vous réussissez à bien informer les habitants, vous avez déjà fait un pas immense en terme de communication ». L’écueil à éviter : la politisation. Pas facile à Paris, capitale médiatique et poumon de l’exécutif.

Aurions-nous dû choisir un lieu plus éloigné des habitations ? « Mais les consommateurs sont déjà là, devant les immeubles, à la Gare du Nord - alors qu’il n’y a pas de scène ouverte à Strasbourg. Au plus proche des usagers, le choix parisien est logique ».


(1) CAARUD : Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues
(2) CSAPA : Centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie

Lire la suite : 
>> "Salles de shoot" : Genève a stoppé les contaminations par le VIH

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