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La psychiatrie sur le banc des accusés

Par Philippe Berrebi

Son nom va sans doute rester célèbre dans les annales de la médecine. Danièle Canarelli comparait depuis ce matin devant le tribunal correctionnel de Marseille. Mais c’est la première fois qu’un médecin est poursuivi pour homicide involontaire pour les actes commis par un de ses patients.
En janvier 2004, raconte la journaliste de La Croix, Danièle Canarelli accorde une sortie à l’essai à Joël Gaillard, un psychotique qui alterne depuis quatre ans hospitalisations d’office et sorties provisoires. Un mois plus tard, le psychiatre explique à son patient que son comportement à l’extérieur justifie une nouvelle hospitalisation. Mais ce dernier s’enfuit et tue de plusieurs coups de hachette Germain Trabuc, 83 ans, le compagnon de sa grand-mère.

Aujourd’hui, il est reproché au médecin de ne pas avoir correctement diagnostiqué l’état d’un malade et de ne pas avoir décelé sa dangerosité. « C’est le procès de la psychiatrie », s’insurgent ses confrères, scandalisés par cette procédure. « La société tient absolument à pouvoir pointer du doigt un coupable, dénonce Jean-Claude Penochet, président de l’Union syndicale de la psychiatrie. Résultat : il est de moins en moins fréquent que l’irresponsabilité d’un malade soit reconnue. Et quand c’est le cas, explique-t-il au quotidien, on va se mettre à poursuivre son médecin, comme s’il fallait absolument un bouc émissaire. »

C’est le cas de Joël Gaillard, déclaré pénalement irresponsable. « Cette affaire vient rappeler à la communauté médicale qu’elle se doit de prendre davantage en considération la sécurité des citoyens avant la sortie d’un patient », plaide Xavier Bébin, délégué général de l’Institut pour la justice.
Un point de vue qui pourrait conduire, selon  Jean-Claude Penochet, à un changement complet des pratiques médicales. « Si on nous demande de rendre toujours plus de comptes sur les agissements de nos patients, soutient-il, alors nous ne prendrons plus aucun risque et ne ferons plus sortir personne ».
Danièle Canarelli encourt trois ans de prison. Quant à son patient, de nouveau hospitalisé après le meurtre de Germain Trabuc, il aurait bénéficié, selon le quotidien, d’autres sorties à l’essai et se serait marié.