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SAMU de Paris

Une équipe mobile pour gérer l'urgence sociale

Par Afsané Sabouhi

Dans la capitale, seuls 10% des appels au 15 concernent une urgence vitale. Le SAMU vient d’être créer une équipe mobile pour faire face aux situations d’isolement et de détresse psycho-sociale.

DURAND FLORENCE/SIPA

« Le médecin du SAMU m’appelle, il doit faire hospitaliser en urgence une dame de 90 ans pour un œdème du poumon. Or son mari a 96 ans, il ne peut pas rester seul dans l’appartement pendant ce week-end prolongé. Jusqu’ici, par défaut, le SAMU aurait emmené le couple aux urgences. Aujourd’hui, l’EMU prend le relais et on a trouvé une structure pour accueillir le mari pendant l’hospitalisation de son épouse. » L’EMU c’est l’équipe mobile d’urgences médico-sociales du SAMU de Paris, dont le Dr Suzanne Tartière a la responsabilité. Mise en place depuis le début de la semaine par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et le SAMU 75, elle compte pour le moment 5 personnes dont une assistante sociale et deux médecins retraités bénévoles, membres de l’association Les Transmetteurs

Cette EMU doit permettre de faire face au nombre grandissant d’appels au 15 qui ne sont pas des urgences médicales. « Mes compétences d’anesthésiste-réanimateur me servent réellement 5 à 10% de mon temps au SAMU. Les urgences vitales, par exemple un infarctus ou une détresse respiratoire, ne représentent plus que 10% des appels au 15 », explique Suzanne Tartière. De plus en plus, les appels au SAMU, surtout lorsqu’ils sont récurrents, cachent des situations d’isolement, de précarité et de détresse psychologique, auxquelles les urgentistes ne peuvent apporter qu’une réponse médicale ponctuelle et insatisfaisante.

 

Ecoutez le Dr Suzanne Tartière, anesthésiste-réanimateur et responsable de l’équipe mobile d’urgences médico-sociales au SAMU de Paris : « Derrière la plainte médicale de ces personnes âgées se cache une autre demande, souvent non sanitaire »


L’équipe médicale d’urgence entend donc faire le lien entre le SAMU et le tissu associatif existant pour venir en aide à ces personnes. C’est le cas notamment des CLIC, les centres locaux d’information et de coordination gérontologique, qui existent dans tous les départements. « Nous travaillons déjà en partenariat avec la mairie et les centres communaux d’action sociale. Mais le SAMU a une action de repérage sur le terrain des personnes âgées en difficulté qui va nous être très utile », explique-t-on au CLIC Paris Sud.
« Nous prenons aussi contact avec le médecin traitant, le psychiatre, les proches s’il y en a ou le voisinage de la personne. Tous ceux qui peuvent nous permettre d’apporter la réponse la mieux adaptée », souligne Suzanne Tartière. Pour les situations les plus complexes, l’équipe pourra se rendre sur place, uniquement dans Paris intra-muros, pour rencontrer la personne grâce à un véhicule électrique mis à disposition via un mécénat de l’entreprise EDF. Parmi ces situations délicates de plus en plus fréquentes figurent les Diogène, ces personnes vivants recluses dans leur appartement envahi par les détritus et les vieux objets.

Ecoutez le Dr Suzanne Tartière : « Le Diogène est l’exemple type du patient qui nécessite une prise en charge médico-psycho-sociale. »



« La situation est probablement accentuée à Paris où la concentration de population décuple les problèmes mais je pense que les SAMU des grandes agglomérations comme Marseille ou Lyon doivent rencontrer les mêmes difficultés que nous à la frontière entre le médical et le social », avance la responsable de l’EMU.
Plutôt qu’une équipe mobile, certains départements ont misé sur la présence d’une assistante sociale dans l’équipe de régulation des appels au 15. Au SAMU du Havre, l’organisation est encore différente, le 15 et le 115 partagent la même salle de régulation. Les urgentistes peuvent donc à tout moment se tourner, au sens propre comme au figuré, vers les travailleurs sociaux. Au SAMU de Paris, on a prévu d’évaluer d’ici un an l’intérêt de la mise en place de cette équipe mobile avant d’envisager de l’installer durablement. Pour le Dr Tartière, entre les appels au 15 évités et la satisfaction pour les urgentistes de ne pas laisser ces appels aux secours même non médicaux sans réponse, les critères d’évaluation ne devraient pas manquer.