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Rapport Académie de Médecine

Burn out : des symptômes mais pas de diagnostic

Par Marion Guérin

Le burn out n’étant pas une maladie, son diagnostic médical est impossible. Toutefois, l’Académie de Médecine émet des recommandations pour orienter médecins et patients.

CLOSON/ISOPIX/SIPA
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On connaît bien le mot ; mais le mal, lui, nous échappe encore.  A ce jour, le burn out n’est pas une pathologie officielle, et à ce titre, ne peut faire l’objet d’un diagnostic médical, rappelle l’Académie de Médecine dans un nouveau rapport. Les contours de cette notion restent trop flous : « l'expansion du terme "burn out" est une source de confusion en raison des limites imprécises de cette réalité », peut-on lire en introduction.

Les chiffres "n'ont aucun sens"

C’est bien là la contradiction de cette maladie (non officielle) qui touche les travailleurs des temps modernes. Elle n’appartient à aucune nosographie médicale, aucune classification scientifique. Sa prévalence en population générale est encore impossible à établir. Les données chiffrées vont ainsi de 30 000 personnes atteintes de burn-out en France, à trois millions.

« En fait, ces données n’ont aucun sens, explique Bruno Falissard, psychiatre et biostatisticien, auditionné dans le cadre du rapport. En l’état, la connaissance scientifique ne permet pas d’établir une épidémiologie du burn-out. Il nous faudrait des standards, des seuils pathologiques… Or, on en est loin ».

Ecoutez...
Bruno Falissard, psychiatre et biostatisticien : « Le burn-out est issu de la sociologie et de la psychologie sociale, qui n’ont pas la culture de trouver des cut-off au-delà desquels on considère qu’il y a un trouble. »


Mieux décrire les symptômes

Avant que la science ne parvienne à faire du burn out une pathologie codifiée, avec une prise en charge standardisée, la médecine doit donc s’approprier cette maladie par ses propres moyens. Tache difficile, car les symptômes d’un burn out peuvent être nombreux – troubles anxio-dépressifs, maux de dos, pathologies ostéo-articulaires, céphalées de tension… Le rapport de l’Académie a justement vocation à aider les praticiens dans cette démarche, en fournissant des pistes pour mieux caractériser les symptômes des patients.

« Pour autant, l’Académie n’a pas commis l’erreur de parler de diagnostic, souligne Patrick Légeron, psychiatre et co-auteur du rapport. Il existe des outils qui permettent d’affiner la symptomatologie, mais pas de diagnostiquer un burn out ». Ainsi, les experts médicaux préconisent le recours à la méthode MBI (Maslach Burnout Inventory), sorte de questionnaire qui permet de quantifier les différentes composantes du burn-out.

Ecoutez...
Patrick Légeron, psychiatre, fondateur de Stimulus : « Le MBI explore trois grandes dimensions du burn-out : l’épuisement, la déshumanisation, la perte d’estime »

« L’idée, c’est que le médecin pose son propre diagnostic sur des pathologies connues – dépression, post-traumatisme, trouble de l’humeur... Et en fonction des scores obtenus, il peut orienter et affiner ce premier diagnostic », explique encore Patrick Légeron.

 

Uniformiser la prise en charge

Les membres auditionnés dans ce rapport espèrent que d'ici quelques années, les données scientifiques auront évolué de sorte à permettre une classification du burn-out. Les marqueurs biologiques du stress et de la dépression, par exemple, pourraient constituer une voie pour évaluer les maux des patients, mais ils gagneraient à être affinés. En tout cas, standardiser cet ensemble de symptômes semble nécessaire afin d'uniformiser la prise en charge, qui reste très disparate sur le territoire.