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Chlorpyriphos-éthyl

Pourquoi Stéphane Le Foll veut limiter l'usage d'un pesticide

Par Bruno Martrette

Les autorités veulent restreindre ou interdire l’utilisation du chlorpyriphos-éthyl. François Veillerette, de Générations Futures, nous explique en quoi ce pesticide est dangereux.

Anupam Nath/AP/SIPA
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Le chlorpyriphos-éthyl sur la sellette. Lors de la diffusion du dernier numéro de Cash Investigation mardi soir sur France 2, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, s’est engagé à restreindre, voire interdire, les usages de cette molécule présente dans de nombreux pesticides utilisés en agriculture : « Cette substance est dangereuse », a reconnu le locataire de l'Hôtel de Villeroy (Paris VIIe), soulignant cependant attendre les résultats d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avant de trancher.
« En fonction, ce produit verra ses usages au mieux réduits, et pour certains, complètement arrêtés », a-t-il affirmé. Interrogé par Pourquoidocteur, François Veillerette, Directeur de Générations Futures (1), explique pourquoi il faut interdire cet insecticide « au plus vite ».

A quoi correspond cet insecticide ?
François Veillerette : C'est un insecticide de la famille des organophosphorés qui sert dans beaucoup de cultures. Il est homologué aussi bien à la ville que pour l'arboriculture fruitière ou celle des grandes cultures de plaine. Il est beaucoup utilisé en France.

 

Quelles sont les suspicions pour la santé avec ce produit ?
François Veillerette : On est sur une famille de produits très dangereux, très toxique : les organophosphorés. Ils peuvent avoir des effets aigus très importants sur le système nerveux. Il y a aussi des suspicions sur leur qualité de perturbateurs endocriniens puisque l'ensemble de cette famille contient des produits suspectés d'être à l'origine de problèmes de reproduction ou de désordres du système hormonal.
Enfin, cet insecticide peut perturber le développement du foetus et être ensuite lié à des problèmes de déficit intellectuel ou d'autisme chez les enfants contaminés. Il faut donc le manier avec précaution.

Justement, comment se contamine-t-on ?
François Veillerette. Par exemple avec l'air, les voisins d'une zone cultivée en respirent. Quand on fait des analyses d'air, de cheveux ou de poussières des gens qui habitent dans ces zones, on trouve des traces de pesticides, dont le chlorpyriphos-éthyl. Le pire moment, c'est de passer à côté quand les gens traitent leur champ. On peut aussi avoir des résidus alimentaires (faibles) ou dans l'eau (plus importants).
Souvent, on parle de protéger les écoles, ce qui est une bonne chose, mais plus que les écoles, il faudrait protéger les domiciles privés des gens. C'est sur les agriculteurs, les foetus, puis les jeunes enfants, que les impacts néfastes sur la santé sont les plus importants.

Comment peut-on protéger ces populations ?
François Veillerette. En créant des zones tampons à côté des zones habitées. La protection de la femme enceinte notamment doit passer par ça. Concrètement, il faut mettre en place un plan d'occupation des sols stipulant que dans ces zones là, on exclut certaines catégories de pesticides de synthèse. Et à la place, on fait soit des pâtures, soit de la culture biologique. Je pense que 200 mètres est une zone qui nous protégerait bien.
Mais à Générations Futures, on demande l'interdiction totale du chlorpyriphos-éthyl. C'est un produit d'une ancienne génération, d'un autre âge, il faut l'exclure. Une substance toxique à ce point n'a rien à faire dans l'attirail de l'agrochimie moderne. Les autorités ont un demi siècle de retard, au moins !

(1) Générations Futures est une association de défense de l’environnement agréée par le ministère de l’écologie depuis 2008 (renouvellement obtenu en 2014), et reconnue d’intérêt générale.