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Institut Pasteur

Septicémie : des cellules souches pour éviter les séquelles musculaires

Par Anne-Laure Lebrun

Les survivants d'une septicémie présentent souvent de lourdes séquelles neurologiques et musculaires. Le recours à la thérapie cellulaire s'avère une piste thérapeutique encourageante.

DESSONS/JDD/SIPA
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Dans le monde, une personne meurt tous les 3 à 4 secondes d’une septicémie. Dans les pays industrialisés comme la France, le sepsis fait autant de victimes que l’infarctus du myocarde. Et d’ici cinquante ans, le nombre de cas pourrait doubler en raison du vieillissement de la population.

Le sepsis est une réaction inflammatoire généralisée, en réaction à une infection sévère. Elle peut commencer localement, comme une infection urinaire ou une pneumonie, puis s’étendre à tout l’organisme. « Si, grâce aux progrès de la médecine et notamment de la réanimation, la mortalité liée au sepsis diminue […] les patients qui survivent présentent de graves séquelles, notamment neurologiques et musculaires, qui les handicapent lourdement et les empêchent durablement de retrouver une vie active normale », explique l’Institut Pasteur qui publie ce mardi dans Nature Communication les premiers résultats d'une thérapie cellulaire innovante.

Des dégâts cellulaires durables

Les chercheurs de l’Institut Pasteur se sont d’abord attelés à comprendre les atteintes musculaires observées chez les patients. Ils ont alors étudié des souris souffrant de septicémie, et ont observé des dégâts dans les cellules souches à l’origine des cellules musculaires, appelées cellules satellites. Plus précisément, ils observent qu'à l'intérieur de ces cellules, la masse des mitochondries – structures en charge de fournir l’énergie à la cellule – chute drastiquement.

« Les scientifiques ont ainsi montré qu’après un sepsis, les quelques mitochondries subsistant dans les cellules satellites leur permettaient tout juste de maintenir un fonctionnement minimal de survie, mais n’étaient pas suffisantes pour assurer leur division et leur différenciation en cellules musculaires en cas de besoin (croissance musculaire, réparation et maintenance) », explique l’Institut pasteur. Ainsi, cette atteinte empêche l’organisme de restaurer les fonctions musculaires perdues.

Cette découverte a poussé les chercheurs à envisager la greffe de cellules souches comme piste thérapeutique. Pour mettre au point cette thérapie cellulaire, les scientifiques ont choisi les cellules souches mésenchymateuses (CSM) car elles se cultivent très facilement en laboratoire et sont connues pour leurs propriétés immunomodulatrices.

Des essais chez l'homme

Là encore, le modèle murin a été choisi pour tester l’efficacité de ce traitement. Effectuée directement après un choc septique au niveau intramusculaire, la greffe permet de diminuer la réaction inflammatoire et les symptômes associés (fièvre, atonie…). Les chercheurs montrent par ailleurs que les cellules souches mésenchymateuses viennent épauler les cellules satellites et les aide à protéger la fonction des mitochondries. Une fois leur mission terminée, il semblerait que les CSM sont éliminées par l’organisme.

Les chercheurs espèrent maintenant pouvoir tester l’efficacité de leur thérapie cellulaire chez l’homme. La première phase de ces travaux permettrait de savoir si les mêmes atteintes cellulaires sont observées chez les patients ; elle devrait débuter prochainement.