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QUESTION D'ACTU

Médecine régénérative

Cellules souches : des chercheurs du monde entier créent une banque

Des chercheurs français participent à la création d'une banque internationale de cellules souches induites. Un projet qui vise à assurer à un maximum de personnes une source de cellules compatibles.

Cellules souches : des chercheurs du monde entier créent une banque Le Pr Marc Peschanski, directeur du laboratoire I-Stem (Génopole, Evry) DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 03.02.2014 à 10h31
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Soigner les défaillances de ses yeux ou de son cœur grâce à l’injection de cellules saines et compatibles, telles sont les promesses de la médecine régénérative... Au cœur de cette médecine innovante, les cellules souches pluripotentes induites (iPS) ont pris une bonne place depuis les travaux en 2007 du Pr Shinya Yamanaka, co-lauréat du prix Nobel de médecine en 2012. Le père des cellules iPS a d’ailleurs annoncé l’été dernier le lancement du premier essai clinique avec ces cellules pour régénérer la rétine de personnes souffrant de DMLA.


Mais pour accélérer la recherche, le Pr Shinya Yamanaka a annoncé en janvier dernier le lancement d’une banque internationale. Une initiative qu'il mène avec d’autres chercheurs comme le Pr Ian Wilmut, le créateur de Dolly la brebis, premier animal cloné au monde, ou le Pr Marc Peschanski, le directeur du laboratoire I-Stem (Génopole, Evry), un des pionniers des essais de greffes de neurones contre la maladie de Huntington. « Le consortium est en train de se monter, a indiqué le Dr Mathilde Girard, responsable des recherches sur les cellules iPS à I-Stem. Plusieurs équipes comme en Angleterre, au Japon et en France ont déjà commencé à travailler de leurs côtés sur la question. Maintenant, nous sommes en train de mettre en commun toutes nos connaissances pour essayer de faire ça de la façon la plus pertinente possible sur le plan technique et réglementaire. »


Ecouter le Dr Mathilde Girard, responsable des recherches sur les cellules iPS à I-Stem.« En fait l’objectif, c’est que les lignées de cellules iPS puissent être utilisées n’importe où dans le monde. Donc, il va falloir s’adapter aux contraintes réglementaires les plus strictes, notamment celle de la France et du Japon. »


En octobre 2013, la trentaine de scientifiques américains, australiens, britanniques, coréens, français et japonais qui soutiennent ce projet se sont réunis au Royaume-Uni et ont publié les grandes lignes de leur projet. Dans les prochains mois, le plan du projet avec ses étapes principales devrait être finalisé.


Une banque pour avoir des traitements plus rapidement
Quel est l’intérêt de se rassembler ? « Cela permettra d’assurer à un maximum de personnes dans le monde une source de cellules compatibles, de développer plus rapidement les traitements et de réduire les coûts, » indiquait en janvier le Pr Shinya Yamanaka. Aujourd’hui, grâce à la technique des cellules iPS, les scientifiques sont capables de créer des traitements de thérapie cellulaire à partir des cellules mêmes du patient : c’est le cas pour l’essai clinique japonais sur la DMLA. Ceci est possible grâce à la technologie des cellules iPS, cela assure une source assez abondante de cellules et un risque de rejet quasi-nul. Le problème reste que les coûts et les délais impliqués dans la création d'un traitement pour chaque patient empêchent le projet d'être applicable à tous… D’où l’idée de créer des lignées de cellules iPS compatibles avec le plus de monde possible. 


Mais l'utilisation de cellules iPS faites à partir des cellules d'une autre personne implique d'avoir une compatibilité pour éviter les rejets. « L’idée de la banque, c’est de partir du plus gros avantage des iPS qui est qu’on peut choisir vraiment le génome du donneur », explique le Dr Mathilde Girard. Nous pouvons donc choisir des personnes dont le génotype au niveau du système immunitaire les rendrait compatible avec une grande partie de la population. Donc c’est l’idée d’avoir des cellules IPS avec une immunologie HLA qui soit compatible avec le plus grand nombre de personnes. » Seulement pour éviter les problèmes de compatibilité, les besoins peuvent varier en fonction des origines ethniques.

Ecouter le Dr Mathilde Girard : « On a découvert que la population caucasienne a un nombre d’haplotypes beaucoup plus réduits, ce qui fait qu’une cinquantaine de lignées couvrirait sans problème de compatibilité environ 75 % de la population caucasienne. »


500 donneurs pour être compatibles avec 7,2 milliards d'humains
L'objectif est donc de créer une base de données qui contiendra les informations sur les cellules iPS stockées dans chaque pays de sorte que les chercheurs du monde entier puissent se fournir en cellules chez les uns et les autres. L'Université de Kyoto a établi qu'avec 140 types de cellules IPS il serait possible de couvrir 90% de la population japonaise. Toutefois les 10% restant ne pourront être couvert que par le biais d'une collaboration internationale et la mise en place de ressources communes. De son côté, le Pr Ian Wilmut a estimé qu'il suffirait de 400 à 500 donneurs bien sélectionnés pour couvrir l'ensemble des 7,2 milliards d'humains.


Reste que l’utilisation des cellules IPS en médecine régénérative suscite des débats notamment sur le plan de leur sécurité. Les scientifiques estiment par exemple que la reprogrammation n’est pas complète, dans le sens où des modifications du génome acquises au cours de la vie de la cellule persistent après la reprogrammation (modifications épigénétiques). « C’est encore un domaine très jeune, souligne la scientifique. Il y a encore beaucoup de choses à apprendre. »


Ecouter le Dr Mathilde Girard : "Sur les défauts épigénétiques, il y a encore beaucoup de débats. Les cellules iPS humaines, on les connaît depuis à peine plus de 6 ans, donc c’est très tôt. »


Un domaine très jeune qui est pourtant déjà bousculé par une nouvelle technique pour obtenir des cellules souches pluripotentes. Une équipe japonaise dont les travaux ont été récemment publiés dans la revue Nature, est parvenue à mettre au point des cellules souches chez la souris sans passer par l’étape délicate de la reprogrammation génétique, mais grâce à un choc acide.

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