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Rapport de l’OFDT

Addictions au travail : la pression favorise les abus

Par Audrey Vaugrente

Un fumeur sur trois augmente sa consommation face aux difficultés professionnelles. Des addictions au travail souvent favorisées par la culture de l'entreprise.

SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

85 % des dirigeants d’entreprises et représentants du personnel sont inquiets. Le sujet des conduites addictives en milieu professionnel fait consensus. Selon un sondage BVA commandé par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), 91 % des patrons déclarent que leurs subordonnés consomment un produit psychoactif. Ce terme vague cache des réalités nombreuses : alcool, cigarette, cannabis, ecstasy… La Mission a donc commandé une revue de la littérature à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Outre les disparités socioprofessionnelles flagrantes, le rapport révèle un problème de fond : les conduites addictives peuvent être étroitement liées à la culture de l’entreprise.

Trop d’ennui pousse à l’addiction

Augmenter sa consommation de substances psychoactives lorsque la vie professionnelle tourne à l’orage, ce n’est pas rare. Les fumeurs de tabac sont les plus nombreux à le faire (1 sur 3). Mais un adepte de cannabis ou d’alcool sur dix a également ce réflexe. Plus inquiétant : une étude réalisée par l’Inserm en 2012 révèle qu’un quart des actifs a eu besoin de médicaments psychotropes car ses conditions de travail se sont dégradées.

Le stress est un facteur de risque assez débattu. Le mesurer se révèle assez difficile, rappelle l’OFDT, d’autant que la vie personnelle peut affecter le comportement professionnel. Mais l’environnement de l’entreprise a bien un impact sur les conduites addictives. Les horaires de travail en sont un bon exemple. Plusieurs travaux ont conclu à une association entre des plannings irréguliers, intenses ou nocturnes. « Le fait que les consommations de SPA soient plus élevées en moyenne dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration peut s’expliquer en partie par ces horaires décalés et irréguliers », analyse l’OFDT.

A l’inverse, l’ennui peut favoriser les conduites addictives. Le Baromètre Santé 2005 a ainsi montré que l’insatisfaction au travail est liée à une hausse de la consommation de tabac et d’alcool chez les jeunes hommes et les femmes de plus de 40 ans.

Un alcool social

Les relations entre membres du personnel sont très importantes pour influencer les conduites. Les victimes de harcèlement ou de brimades consomment davantage de substances psychoactives que la moyenne. Mais les auteurs notent qu’une hiérarchie attentive peut aider à remettre les employés dans le rang.

C’est tout le problème soulevé par cette revue de la littérature. Si la question de la culture d’entreprise ne se pose pas trop pour le tabac ou les substances illicites (ecstasy, cocaïne, cannabis…), elle représente un réel problème dans le cas de l’alcool. En Nouvelle-Zélande, une étude a démontré que l’ivresse est un processus d’identification aux codes d’entreprise. Chez les 2 409 apprentis en CFA du Nord-Pas-de-Calais suivis en 2013, 8 % se sont vus proposer de l’alcool. Et la consommation se poursuit en dehors des horaires de travail, puisque 40 % des actifs ont été boire entre collègues après la sortie selon le Baromètre Santé 2010. Un chiffre édifiant qui témoigne du rôle social de l’alcool.

Former les médecins du travail

Les répercussions, elles, sont plus difficiles à évaluer. L’étude la plus récente (2012) a interrogé 512 salariés du BTP – le secteur de la construction faisant partie des plus gros consommateurs de substances psychoactives. 21 % d’entre eux ont été témoins d’un problème ou d’un incident lié à une telle consommation sur le lieu de travail. En tête des conséquences : l’absentéisme et les problèmes relations. Ce nombre est probablement sous-estimé, selon l’OFDT, qui dénonce « le manque de libération de la parole sur le sujet des addictions. »

C’est justement pour délier les langues que la Mildeca organisait, ce 22 octobre, un colloque réunissant entreprises et professionnels de santé. Sa présidente, Danièle Jourdain-Menninger, y a annoncé la formation des 6 000 médecins du travail au repérage précoce des conduites addictives d’ici fin 2015.