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Microbiote

Diabète : l'effet protecteur de nos bactéries intestinales

Par Anne-Laure Lebrun

Le rôle protecteur du microbiote intestinal contre le développement du diabète de type 1 est confirmé. Une découverte qui ouvre de nouvelles voies thérapeutiques. 

eremy Maude / Mood Boa/REX/SIPA

Dans notre intestin vivent des milliards de bactéries. Cet écosystème, appelé flore intestinale ou microbiote, forme un organe unique, propre à chaque individu. Les chercheurs commencent à identifier ses multiples rôles dans l'organisme. Celui-ci intervient notamment dans le développement de l’obésité, fait barrage aux allergies et serait capable de combattre le diabète. Une équipe internationale vient d’ailleurs de démontrer la protection conférée par le microbiote dans la survenue d’un diabète de type 1 chez la souris. Ces travaux ont été publiés dans la revue Immunity ce mardi.

Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune. Certaines cellules du système immunitaire s’attaquent aux cellules bêta du pancréas productrices d’insuline, une hormone vitale qui régule le taux de glucose sanguin. Or, si ces cellules sont détruites, c’est parce qu’elles sont reconnues par le système immunitaire comme étrangères à l’organisme. Les scientifiques ont donc émis l'hypothèse qu'il existe chez les personnes en bonne santé une molécule qui protége les cellules bêta.

Un peptide antimicrobien en cause

Une équipe de recherche coordonnée par Julien Diana, chargé de recherche Inserm (1), s’est penchée sur les cathélicidines. Ces molécules sont des peptides antimicrobiens connus pour réguler le système immunitaire dans certaines maladies auto-immunes. Ces cathélicidines pourraient intervenir dans le contrôle du diabète de type 1.

Les chercheurs ont eu recours à deux modèles de souris : l’un en bonne santé et l’autre diabétique. Et ils ont en effet observé que les cellules pancréatiques des souris saines produisent des cathélicidines alors que les souris diabétiques en produisent très peu. Pour vérifier leur hypothèse, les chercheurs ont injecté ensuite les peptides antimicrobiens chez les souris malades. « L’injection de cathélicidines réfrène la mise en place de l’inflammation au niveau du pancréas et ainsi, réprime le développement du diabète auto-immun chez ces souris », explique Julien Diana.

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Par ailleurs, la synthèse des cathélicidines est stimulée par des acides gras à chaîne courte produits par des bactéries du microbiote. La faible production de ces peptides chez les souris diabétiques pourrait donc être liée à un déséquilibre de la flore intestinale. Les expériences ont confirmé que les souris malades présentent un déficit d’acides gras à chaîne courte comparées aux souris en bonne santé. Transférer un échantillon de microbiote de souris saines chez les souris malades a permis de rétablir un niveau normal de cathélicidines chez ces souris. L’incidence du diabète a également diminué.

« Ces travaux sont une nouvelle preuve du rôle indéniable du microbiote dans les maladies auto-immunes, plus particulièrement dans le contrôle du développement du diabète auto-immun », affirment les auteurs. D’après la littérature scientifique, un mécanisme similaire existerait chez l’homme. Si cela se vérifiait, cette découverte ouvre la voie à de nouvelles thérapies contre le diabète de type 1.

En France, le diabète auto-immun représente 10 % des cas de diabètes en France, soit environ 300 000 personnes. Pour la moitié des malades, la pathologie s’est déclarée avant leur vingtième anniversaire.


(1) Chargé de recherche au sein de l’Unité Inserm 1151 « Institut Necker-Enfants Malades » (Inserm/CNRS/Université Paris-Descartes)