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Etudes américaines

Smartphones dans les blocs : un phénomène qui serait rare en France

Par Bruno Martrette

Des études menées aux Etats-Unis révèlent que les soignants utilisent trop souvent leur smartphone lors d'interventions chirurgicales. Cette pratique, dangereuse pour les patients, serait anecdotique en France.

Bill Hand/AP/SIPA

Le smartphone a-t-il sa place au bloc opératoire ? C'est la question que pose Medscape France dans un article publié ce lundi. Selon le site d'information médicale, les portables auraient en effet envahi le quotidien des équipes de chirurgie. Pour étayer cette affirmation, le média cite une étude récente qui affirme qu'aux Etats-Unis, 66 % des chirurgiens utilisent leur téléphone à l’hôpital, y compris en salle d’opération et en unité de soins intensifs.
Medscape rapporte aussi les résultats d'autres travaux présentés lors d’un congrès d’anesthésiologie. Ceux-ci ont montré que dans 54 % des cas, les infirmières et les internes étaient distraits par autre chose (Internet) que les soins à apporter aux patients. Enfin, 56 % des infirmiers qui gèrent les appareils de circulation extracorporelle pendant une chirurgie cardiaque ont reconnu se servir de leur téléphone. Un constat inquiétant, car utiliser un smartphone pendant une intervention expose le patient à des dangers. Ils vont de l'erreur médicale, à cause d'un manque de concentration, à l'infection nosocomiale, le portable étant un véritable nid à bactéries. 
Face à ces chiffres, Pourquoidocteur a voulu connaître le sentiment des chirurgiens français. La rédaction a interrogé pour cela le Dr Philippe Cuq, Président de l'Union des Chirurgiens de France (UCDF).

 

Uniquement en cas d'urgence

Contacté par téléphone, le chirurgien était sur messagerie. « J'étais en train d'opérer. Je vous recontacte seulement maintenant car je suis entre deux interventions, explique le médecin quand il nous rappelle, soulignant, un brin ironique : « Mon portable personnel reste au vestiaire ! »
Quand on lui fait remarquer que certains de ses confrères répondent au téléphone pendant des opérations (aux journalistes par exemple !), le Dr Cuq rétorque aussitôt : « Dans les blocs opératoires, il y a souvent un téléphone fixe ou un portable interne personnel. Il sert à prévenir le chirurgien d'une urgence ou d'un problème, un arrêt cardio-respiratoire ou une hémorragie par exemple ». 
Mais même en cas d'urgence, le chirurgien ne décroche pas lui-même son téléphone. « Dans ce cas, c'est une infirmière de salle (non habillée en stérile) qui répond et tient pendant quelques secondes le smartphone à l'oreille du chirurgien, sans le toucher », explique Philippe Cuq.
Mais selon lui, ces appels restent anecdotiques. Parfois, ils seraient même gérés uniquement par la secrétaire du médecin. « Souvent, quand ce n'est rien de grave, le médecin en est informé une fois l'intervention terminée », confie-t-il.
Pour résumer, les coups de téléphone privés sont totalement proscrits dans l'enceinte du bloc opératoire.  

 

Pas d'augmentation des infections nosocomiales

Enfin, pour enfoncer le clou, ce professionnel toulousain rappelle que les infections nosocomiales ont plutôt tendance à baisser en France, depuis l'introduction des techniques numériques dans les hôpitaux. Ceux qui craignent qu'avec l'usage des smartphones, elles explosent, se tromperaient donc.
Comme preuve, l'InVS (1) révélait récemment qu'elles ont fortement chuté en réanimation « On est aujourd'hui dans une lutte positive contre ces infections. Et je vous assure que les jeunes chirurgiens sont bien informés des problèmes d'hygiène que posent les téléphones, au même titre que les claviers d'ordinateurs », martèle-t-il.
Le Dr Cuq prétend même que « jamais » il n'a eu à faire de rappel à l'ordre envers un médecin à ce sujet. 
En conclusion, ce praticien estime que les smartphones et tablettes ont envahi le quotidien des médecins « surtout à bon escient ». « Des applications permettent maintenant une aide à la prescription. Grâce à elles, on diminue le risque de faire des ordonnances avec des interactions médicamenteuses », conclut-il. 

(1) Institut de Veille Sanitaire 

 

 

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