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QUESTION D'ACTU

Publication dans The Lancet

Coeur Carmat : 1ères données cliniques sur les implantations et les décès

Dans un article du Lancet, le Pr Carpentier et ses confrères livrent les premiers détails sur les implantations de 2013 et 2014, ainsi que sur les décès des deux patients pionniers.

Coeur Carmat : 1ères données cliniques sur les implantations et les décès Visuel du coeur artificiel Carmat (Carmat SA)

  • Publié 01.08.2015 à 19h29
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C’est la première publication scientifique au sujet du premier cœur entièrement artificiel, connu sous le nom de « cœur Carmat ». Publié ce mercredi dans la revue médicale The Lancet, et cosigné par les professeurs Carpentier, Latrémouille et Duveau, cet article apporte les premiers détails médicaux sur les implantations, le suivi et les causes des décès des deux premiers patients à avoir reçu un prototype de cette bioprothèse.

 

 

Des détails sur les interventions

Le 18 décembre 2013, le nom de CARMAT a fait une entrée remarquée dans le paysage médiatico-médical. Des quotidiens nationaux aux plateaux des grandes chaînes, impossible alors de passer à côté de cet exploit français : un cœur entièrement artificiel venait d’être implanté chez un patient. Fruit de plus de 20 années de travail pour le Pr Alain Carpentier et l’équipe de la société qu’il a cofondée, Carmat, ce prototype ouvrait des perspectives majeures pour la prise en charge de patients atteints d’insuffisance cardiaque globale et non éligibles pour une greffe. 74 jours plus tard, c’est par voie de communiqué que la société Carmat annonçait le décès de Claude Dany, âgé de 76 ans, sans en indiquer les raisons précises.

La seconde implantation, réalisée en août 2014, avait été révélée seulement plusieurs semaines plus tard, mais début 2015, le patient, âgé de 68 ans, avait suffisamment récupéré pour pouvoir rentrer chez lui. Souhaitant garder l’anonymat, il avait cependant accepté de recevoir le Journal du Dimanche pour évoquer son opération, et cette « nouvelle vie » que lui offrait sa prothèse cardiaque au début du mois d’avril. Et c’est avec une certaine stupéfaction que le public avait appris son décès, le mois suivant. Là encore, très peu d'informations avaient été communiquées sur les circonstances de ce décès.

L’article qui vient d’être publié dans la revue médicale The Lancet apporte enfin quelques détails sur les interventions et le suivi de ces deux patients, et fait le bilan de ces deux premières implantations, alors qu’un troisième patient a été implanté en toute discrétion le 8 avril.

 

Une hémocompatibilité confirmée

L’équipe médicale souligne dans sa publication les avantages technologiques de ce « cœur artificiel le plus performant au monde », tel que le définit la société Carmat. De fait, cette prothèse est un projet porté de longue date par le chirurgien cardiaque de renom Alain Carpentier et qui a nécessité l’étroite collaboration de nombreux médecins et ingénieurs, notamment issus de l’industrie aérospatiale.

Les données confirment que les deux décès, survenus respectivement 74 et 270 jours après l’implantation, ne sont pas imputables à la formation d’un caillot sanguin qui aurait pu boucher la prothèse.

Le Pr Carpentier est, entre autres, connu pour avoir développé, dès la fin des années 1960, des valves cardiaques dites « bioprothétiques », recouvertes d’un revêtement biocompatible limitant les rejets ainsi que les problèmes thromboemboliques.

Le cœur Carmat a bénéficié de cette expertise : « La surface totale de matériau hémo-compatible est 28 fois supérieure dans ce cœur artificiel à celui d’une prothèse de valve », soulignent les auteurs de la publication pour justifier que le traitement anticoagulant ait dû être prolongé chez les deux patients. L’expérience acquise avec les valves prothétiques a en effet montré qu’il faut de quelques semaines à quelques mois pour que le revêtement de la prothèse soit recouvert par certaines protéines endogènes. « Ce dépôt crée une couche thrombo-résistante et rend la prothèse totalement hémocompatible », expliquent les médecins. 

« Le fait qu’aucun des deux patients n’ait souffert de complication thromboembolique, même après un arrêt du traitement anticoagulant pendant 50 jours pour le premier patient, renforce notre hypothèse : cette large surface de matériau se comporte comme la surface plus limitée des prothèses de valves », se félicitent les scientifiques.

 

Ecoutez...
Christian Latrémouille, chirurgien cardiaque à l’hôpital européen Georges-Pompidou (Paris) : « Il faut rester prudent, deux cas, ce ne sont que deux cas, mais les résultats sont probants... »

La durée nécessaire pour que la prothèse cardiaque soit totalement hémocompatible reste cependant encore à déterminer, et de fait, pour le deuxième patient, le traitement anticoagulant avait été maintenu, jusqu’à son décès. « Nous avions suspendu le traitement du premier patient pour des raisons médicales, mais nous gardons une attitude de sécurité, c’est notre rôle, en proposant un traitement anticoagulant dont la durée n’est pas encore déterminée, on verra en fonction de l’évolution des différents patients », explique Christian Latrémouille, chirurgien cardiaque à l’hôpital européen Georges-Pompidou (Paris), qui a réalisé l’implantation de la seconde prothèse, avec le Pr Daniel Duveau.

 

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Déficience d'éléments électroniques

Outre son revêtement, la prothèse développée par Carmat présente la particularité de reproduire une éjection du sang « pulsatile », reproduisant ainsi les contractions cardiaques naturelles. Un point qui a son importance, car, comme le rappellent les auteurs : « De nombreux problèmes sont dus aux flux sanguins non pulsatiles, que produisent divers systèmes de pompes ». Des incidents qui peuvent aller de l’hémolyse (destruction des globules rouges) à des saignements gastro-intestinaux.

Au final, aucun dysfonctionnement mécanique du cœur artificiel n’est mis en avant, insistent les auteurs. Les deux décès seraient dus à des défaillances de composants électroniques. Le premier patient est décédé de manière subite, « alors qu’il partageait une conversation avec sa famille », précise la publication. Le second patient a pour sa part perçu des signes avant-coureurs d’une défaillance cardiaque. Hospitalisé en urgence, sa prothèse avait été changée, mais il n’avait pas survécu aux complications post-opératoires.
« Dans les deux prothèses, la source de la défaillance électronique a été identifiée et corrigée », indiquent les auteurs. Le troisième patient a cependant été implanté le 8 avril, c’est-à-dire avant le décès du second patient, la prothèse implantée est donc un modèle similaire au précédent. « Nous avons cependant pu corriger les systèmes d’alarme, nous pourrons donc intervenir plus tôt, précise Christian Latrémouille. Chaque implantation nous fait avancer énormément, et c’est bien sûr pour le bénéfice de tous les patients qui seront implantés à l'avenir. »

Un troisième patient en rééducation

Les patients éligibles pour recevoir un cœur Carmat doivent répondre à de nombreux critères. Sur les 22 candidats vus entre octobre 2013 et août 2014, seuls deux ont été implantés. « Les 20 autres patients sont tous décédés depuis, confie Christian Latrémouille. En cas d’insuffisance cardiaque globale décompensée, les patients sont condamnés à très court terme ; l’implantation de cette prothèse est une chance inouïe de survivre plus longtemps. »

Ecoutez...
Christian Latrémouille, chirurgien cardiaque à l’hôpital européen Georges-Pompidou (Paris) : « On est dans une phase de rodage, qui a tout de même permis de faire survivre le deuxième patient presque 9 mois... »

Le troisième patient est actuellement en phase de rééducation, indiquent les auteurs dans la publication. Presque 4 mois après l’intervention, « il est presque sorti de la maladie de l’insuffisance cardiaque », estime Christian Latrémouille. Il n’en dira pas plus sur ce troisième patient, ni sur le suivant. L’étude de faisabilité autorisée par l’Agence nationale de sécurité du médicament prévoit en effet quatre implantations : « Nous implantons avec prudence, et quand nous faisons un pas en avant, c'est que nous sommes sûrs de le faire ; nous prendrons le temps nécessaire entre la troisième et la quatrième implantation, explique le médecin. Nous implanterons dès que nous le pourrons. »

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