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QUESTION D'ACTU

67 tués en 2012

Missions tous risques pour les humanitaires

Victimes collatérales des conflits, otages ou cibles délibérées de groupes radicaux, aucun terrain de mission n’est exempt de danger pour les humanitaires.

Missions tous risques pour les humanitaires Même au plus fort de l'opération militaire française, MSF a réussi à maintenir ses activités au Nord Mali, ici dans le centre de Santé de Konna / Paolo Marchetti

  • Publié 14.11.2013 à 09h00
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En 2012, 67 travailleurs humanitaires ont été tués, 92 kidnappés et 115 sérieusement blessés. C’est le bilan du dernier rapport annuel sur la sécurité des humanitaires publiés par le cabinet d’experts Humanitarian Outcomes. 19 pays concentrent ces atteintes au personnel des ONG, en particulier l’Afghanistan, le Pakistan, le Sud Soudan et la Somalie. Les kidnappings ont quadruplé au cours de la dernière décennie et sont aujourd’hui la forme d’attaque la plus fréquente contre les humanitaires.
« Le conflit en Bosnie a amorcé une évolution profonde de l’aide humanitaire. Aujourd’hui, nous ne nous contentons plus d’apporter notre soutien dans les camps de réfugiés ou à distance des zones de conflits, les humanitaires sont présents au plus près des populations sur les terrains dangereux. La prise de risque est plus grande », analyse Françoise Bouchet-Saulnier, directrice juridique de Médecins Sans Frontières. 

Danger accru depuis le 11 septembre

Le 11 septembre 2001 marque un tournant pour les humanitaires. L‘Irak, l’Afghanistan, la Libye et tout récemment le Mali sont des conflits dans lesquels les pays occidentaux ont pris partie et envoyé des troupes. Dès lors, le danger est accru pour les humanitaires perçus comme des envoyés de leurs gouvernements. Le caractère international de MSF lui permet de travailler avec beaucoup de soignants locaux mais aussi de privilégier des nationalités neutres au moment d’implanter une action dans une zone de conflit.

Ecoutez Françoise Bouchet-Saulnier, directrice juridique de Médecins Sans Frontières : « Les pays occidentaux sont devenus parties aux conflits, les humanitaires se retrouvent donc assimilés à l’ennemi »



Cette stratégie fonctionne puisque MSF a réussi à maintenir ses activités dans le Nord-Mali sous contrôle d’AQMI même au plus fort de l’opération Serval menée par l’armée française. « C’est une négociation permanente, il faut convaincre sans cesse que nous sommes bien des humanitaires indépendants et pas des militaires ou des agents français infiltrés », raconte Françoise Bouchet-Saulnier.

 

Dans les situations de conflit, les belligérants doutent des humanitaires jusqu’à la parano. En même temps, les exemples récents ne manquent pas. Au Pakistan, la CIA a utilisé une pseudo-campagne de vaccination pour traquer Ben Laden, en Colombie, certains otages ont été libérés grâce à une opération militaire dissimulée dans des hélicoptères marqués de croix rouges…
« Le problème, c’est que ça marche une fois mais ensuite ça crée le doute durablement. Et pour nous humanitaires, derrière, il faut ramer pour donner des gages et renouer la confiance », souligne Françoise Bouchet-Saulnier. MSF refuse donc absolument toute confusion entre militaire et humanitaire, arguant qu’encadrer l’action humanitaire par des forces armées n’est pas une garantie de sécurité, au contraire.


Ecoutez Françoise Bouchet-Saulnier 
: « La seule force de l’humanitaire est sa neutralité. Quand on militarise l’action humanitaire, on la met en danger. »


Dans certains contextes de conflits radicalisés comme la Somalie ou la Syrie, les humanitaires sont également ciblés en tant que tel par les attaques et les prises d’otages. « S’attaquer à ceux qui soignent fait partie intégrante de la stratégie de terreur imposée aux populations », souligne la directrice juridique de MSF. Si les soignants qui partent en mission ont conscience de prendre des risques, ce type de contexte reste particulièrement extrême. « Trois heures après mon arrivée en Syrie la première fois, une bombe est tombée juste à côté de l’hôpital. Sur le moment, honnêtement, je voulais évacuer. On est là pour soigner tout le monde, d’accord, mais on n’est pas des kamikazes », témoigne Ricardo Fernandez Sanchez, kiné de retour de sa 3e mission dans la région d’Idlib au Nord-Ouest du pays. La présence des humanitaires dans ce type de contexte est donc toujours en suspens. La détention pendant plus d’un an de deux de ces expatriées espagnoles a ainsi été l’ultime agression provoquant en août dernier le retrait complet de Somalie de MSF, après 22 ans de présence dans ce pays en guerre civile permanente.


Soigner vaut tous les discours

Face aux attaques, la meilleure défense des humanitaires reste finalement d’agir. Le rapport de soin direct avec la population est l’argumentaire le plus efficace pour dépasser les réticences des parties au conflit et emporter l’adhésion de la population.


Ecoutez Françoise Bouchet-Saulnier :
 « On a la chance d’arriver toujours à établir un contact direct entre le soignant et le patient. Ce lien vaut beaucoup plus que toutes nos explications »



La sécurité des humanitaires repose finalement sur un dilemme paradoxal : plus la situation est dangereuse et plus il leur faut s’exposer pour être utile aux population et convaincre du caractère humanitaire et désintéressé de leur action.

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