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Violences obstétricales

"Expression abdominale" : un geste qui ne serait pas si rare

Appuyer sur le ventre d’une femme enceinte pour accélérer l’expulsion du bébé est un geste du passé, selon le Pr Nisand. Or, de nombreux témoignages indiquent le contraire.

\ olesiabilkei/epictura

  • Publié 14.06.2017 à 13h25
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Angélisme ou refus d’accepter la réalité ? Les réactions sont partagées autour des dernières déclarations du nouveau président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Le Pr Israël Nisand est au cœur d’une vive polémique sur l’expression abdominale. En cause, son interview accordée au magazine Elle sur les violences obstétricales.

A en croire le gynécologue, ce geste – qui consiste à appuyer sur le ventre de la femme pour accélérer l’expulsion du bébé – n’est plus pratiqué. « Si vous connaissez un seul gynécologue qui a pratiqué l’expression abdominale, je l’appellerai personnellement pour lui dire de ne plus le faire, explique-t-il. Mais vous serez en échec, Madame, car vous n’en trouverez pas. » Des propos catégoriques à peine tempérés par la suite de l’entretien.

Un geste fréquent

Le président du CNGOF évoque le cas de « quelques brebis galeuses qui (…) estiment qu’ils savent tout ». A la lecture de ces lignes, la twittosphère s’est déchaînée, dénonçant le déni du Pr Nisand. Une journaliste indépendante a décidé de répondre au professeur, chiffres à l’appui. Dans un document partagé en ligne, elle recueille les témoignages de femmes victimes d’expression abdominale. En 24 heures, près de 90 se sont manifestées.

De fait, Israël Nisand se trompe en affirmant que l’expression abdominale n’est plus pratiquée. L’enquête du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane) en témoigne bien. Réalisée sur la base de 20 000 réponses, elle montre une vraie tendance depuis 2010. Rien qu’en 2016, 14 % des femmes ayant témoigné déclarent avoir subi une expression abdominale. Certaines évoquent même un professionnel de santé monté à genoux sur elles pour leur appuyer sur le ventre.


Source : Ciane

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Sur demande du gynéco

L’acte semble être plus fréquent chez les femmes qui accouchent pour la première fois. Elles sont 33 % à déclarer une expression abdominale. Plus inquiétant : le consentement n’est que rarement recueilli avant le geste. Il n’a été demandé qu’à 20 % des femmes. « Dans les faits, il n’y a pratiquement pas de plainte portant sur l’absence de consentement, déplore Israël Nisand. Il faut qu’elles le fassent davantage. »

Un élément pourrait abonder dans le sens du président du CNGOF. Les témoignages mettent principalement en cause les sages-femmes. D’après une thèse menée par une étudiante en maïeutique, la quasi totalité des praticiennes connaît les recommandations officielles.

Malgré ces connaissances, 72 % des sages-femmes interrogées dans le cadre de ces travaux rapportent pratiquer l’expression abdominale. 5 indications sont enseignées au cours de la formation. L’une d’entre elles domine nettement. 61 % des sages-femmes pratiqueraient l’expression abdominale sur la demande du gynécologue.


Source : Thèse de Pauline Denni

Un geste à abandonner

Les recommandations officielles ne laissent pourtant aucun doute sur le sujet : rien ne justifie le geste. Depuis 2007, la Haute Autorité de santé est claire. Il n’existe « aucune indication validée » de cette pratique qui n’est « ni enseignée, ni codifiée, ni évaluée ». L’institution admet tout de même que le geste est « d’usage courant » et qu’il doit être abandonné.

Un message qui devrait être rappelé à l’occasion d’une nouvelle recommandation en cours d’élaboration. Prévue pour l’automne 2017, elle rappelle les bonnes pratiques relatives à la « prise en charge de l’accouchement normal ». Et selon la HAS, contactée par Pourquoidocteur, les règles de l’expression abdominale feront l’objet d’une piqûre de rappel.

Interdire la pratique est d’autant plus justifié que les conséquences physiques et psychologiques sont lourdes. Au-delà du stress induit par ce geste, les parturientes souffrent de douleurs abdominales prolongées et d’ecchymoses. Dans des cas plus rares, elles peuvent présenter des fractures, des lésions périnéales et même, exceptionnellement des ruptures organiques. Un vécu traumatique qu’on retrouve dans les témoignages recueillis par le Ciane.

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