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Dr Gilles Lazimi

Pilule sans prescription : une proposition controversée

Par Audrey Vaugrente

ENTRETIEN – Un Collectif de pharmaciens demande l’accès sans ordonnance aux pilules progestatives. Mais tous les professionnels de santé ne partagent pas cet avis.

areeya/epictura

Cette contraception est particulièrement recommandée aux jeunes mères. Mais le Collectif de pharmaciens veut démocratiser les pilules progestatives. Ce groupement interpelle directement les fabricants dans une pétition co-signée par le Planning Familial. La demande est simple : qu’un des 16 laboratoires dépose une demande d’autorisation sans ordonnance avant la Journée Internationale des Droits des Femmes. Le Collectif demande aussi aux autorités sanitaires de se montrer bienveillantes.

« La délivrance d’une pilule sans ordonnance est déjà une réalité dans de nombreux pays », argumentent les auteurs de cette pétition. Les Etats-Unis pourraient bientôt en faire partie, puisque le laboratoire français HRA Pharma y a déposé une demande en ce sens. Et pourtant, la France ne semble pas prête à franchir le pas.

Les éléments sont pourtant disponibles pour permettre une telle évolution. Le Collectif des pharmaciens compte s’appuyer sur un questionnaire mis au point par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Il a pour objectif de faciliter la prescription par les médecins. Aux yeux des pétitionnaires, il « ne demande qu’à être adapté à la délivrance d’une pilule sans ordonnance » directement par le pharmacien. D’autant que les risques associés à cette contraception sont faibles, et les contre-indications peu nombreuses.

Faciliter l’accès à la contraception hormonale, la demande semble bien intentionnée. Mais elle ne fait pas pour autant l’unanimité, y compris parmi les féministes. Le Dr Gilles Lazimi, médecin généraliste au centre municipal de santé de Romainville (Seine-Saint-Denis), figure au rang des sceptiques.

Mettre en accès libre une pilule progestative est-il faisable ?

Dr Gilles Lazimi : Je ne me pose pas la question. Cela reste un médicament qui peut nécessiter des conseils, une information et un suivi médical. Cela va-t-il faciliter la contraception ? Je m’interroge. Qu’une première contraception puisse être délivrée en pharmacie ou en infirmerie scolaire, oui, mais je pense qu’il faut quand même un suivi médical. C’est aussi l’occasion d’informer sur les autres types de contraception, les IST, la pilule du lendemain. Dans le même temps, il peut y avoir besoin d’un examen médical et de conseils médicaux.

 

Les femmes seraient-elles plus attentives aux contre-indications en remplissant un questionnaire ?

Dr Gilles Lazimi : C’est possible, mais à qui est-ce que cela profite ? Est-ce que l’objectif est de permettre un accès libre à toutes les femmes, ou à celles qui n’en ont pas l’accès ? Est-ce qu’on pense aux femmes en situation de précarité ? Si on fait une étude sur les inégalités de santé et la contraception, on verra qu’un des principaux freins, c’est l’accès à la consultation et à son remboursement. Il n’est pas sûr que l’accès sans prescription permette d’acheter le produit. Sans prescription, cela signifie aussi sans remboursement et liberté de fixation des prix par les pharmaciens.

Est-ce que cela risque de limiter le poids des autres contraceptions ?

Dr Gilles Lazimi : Encore une fois, quelles sont les femmes qui auront accès à la pilule sans ordonnance. Si ce sont celles qu’on ne voit pas en cabinet, qui sont en difficulté, c’est un échec complet. Elles sont déjà moins dépistées, moins suivies, probablement moins informées sur les autres formes de contraception. Je ne crois pas que ce soit la panacée. On sait que, pour la pilule du lendemain, cela ne pose aucun problème. Mais cela va amener un certain nombre de jeunes femmes à consulter et à définir un autre mode de contraception. Alors, on explique tous les modes de contraception pour trouver le meilleur.

 

Une pilule peu utilisée

La pilule progestative – ou sans œstrogènes – ne contient qu’un progestatif de synthèse, comme son nom l’indique. Elle fonctionne donc d’une manière différente pour prévenir les grossesses. La progestérone contenue dans le médicament épaissit la glaire cervicale, empêchant la progression des spermatozoïdes vers l’utérus. Elle empêche aussi le pic hormonal qui permet l’ovulation, et rend la muqueuse utérine impropre à la nidation.

Cette pilule est généralement prise en continu et n’occasionne pas d’hémorragies de privation, même si de petits saignements peuvent survenir. Cette forme de contraception reste toutefois minoritaire, notamment parce que les contraceptifs oraux combinés (COC) se montrent plus efficaces. Deux formes sont disponibles sur le marché : une version à base de lévonorgestrel, une autre à base de désogestrel.