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Drogue

Protoxyde d'azote : le gaz hilarant des soirées étudiantes

Par Marion Guérin

Dans les soirées étudiantes, la consommation de protoxyde d’azote s’est répandue. Ce gaz hilarant est peu addictif mais loin d’être inoffensif.

SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

« Tu te sens partir très, très loin, pendant une vingtaine de secondes. C’est comme si les ondes sonores se dédoublaient… Et puis tu regardes autour de toi et tu vois les autres, morts de rire… et ça te donne envie de rire à ton tour. »

Léo* a découvert le protoxyde d’azote il y a un an au cours d’une petite soirée entre étudiants de médecine. « Souvent, on en prend en comité restreint, chez les uns ou les autres, précise ce jeune homme de 21 ans. C’est plus convivial et ce n’est pas très pratique de débarquer en soirée avec tout l’attirail ».

Se fournir au supermarché
Un cracker pour percer la cartouche, un ballon de baudruche pour aspirer le gaz : la recette fait mouche depuis plusieurs années parmi les futurs professionnels de santé. Les apprentis pharmaciens et médecins sont en effet les premiers à avoir popularisé l’usage détourné du protoxyde d'azote, utilisé en médecine comme léger anesthésiant.

Mais aujourd’hui, il n’est plus nécéssaire de vider en douce les réserves de l’hôpital pour se procurer du « proto » et la consommation de ce gaz hilarant s’est plus largement répandue. En effet, les bonbonnes sont en vente libre dans tous les supermarchés. A cinq euros la demi-douzaine, elles garnissent d’habitude les cadis des amateurs de crème chantilly et de cuisine au siphon. Et, désormais, des étudiants fêtards.

« Inoffensif »
Les consommateurs décrivent des effets intenses, mais très éphémères. « Trente seconde après, on redevient complètement normal », raconte Léo. Du coup, le proto peut se prendre de jour comme de nuit, « à l’apéro, ou sur un télésiège au ski, en excursion avec la fac », sourit Léo.

En fait, « ce n’est pas vraiment perçu comme une drogue, mais comme un produit plutôt inoffensif… Le proto n’est pas addictif et n’engendre pas vraiment de problèmes de santé », croit savoir le jeune homme.

De fait, les spécialistes des drogues sont assez unanimes sur les faibles risques d’addiction. « Les cas de personnes qui consommeraient ce produit seules chez elles sont très isolés, explique à pourquoidocteur le Dr Laurent Karila, vice-président de SOS Addiction. Il peut plutôt y avoir une addiction aux conditions dans lequel le produit est pris ». Dans ses consultations, ce psychiatre addictologue à l’hôpital Paul Brousse n’a jamais reçu de consommateurs accro au proto.

Des cas de décès
Mais les dangers sur la santé, eux, sont réels. « Maux de tête, de ventre, faiblesses musculaires, crampes, perte de vigilance… », énumère Laurent Karila. Ces effets secondaires sont bien sûr liés à la fréquence et la quantité de gaz absorbé. Après un « double proto » (deux bonbonnes de gaz dans un ballon), Léo se souvient effectivement de « mouvements incontrôlés » de ses bras, et de quelques « hallucinations auditives et visuelles », qui se sont assez vite estompées.

A forte dose, les dégâts peuvent être plus sévères. « Le gaz peut occasionner des troubles cardiovasculaires, poursuit Laurent Karila. Certains cas de décès par dépression respiratoire ont été recensés à l’international. C’est d’ailleurs pour cela que ce phénomène a une telle visibilité médiatique aujourd'hui ». Par ailleurs, comme avec tous les produits qui altèrent l'état, la baisse de vigilance peut causer de graves accidents, comme le témoigne un jeune homme sur 20minutes.fr, qui s'est jeté sur un train après avoir absorbé du gaz hilarant.

* Le prénom a été modifié