ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Chirurgie ambulatoire : quand les patients entrent au bloc debout

Expérience à l’Institut Montsouris

Chirurgie ambulatoire : quand les patients entrent au bloc debout

Par Audrey Vaugrente

Faire marcher les patients jusqu’à la table d’opération est une pratique rare. Elle améliore pourtant la qualité des soins et réduit les contraintes pour les soignants.

A l'IMM, le patient fait à pied le trajet entre sa chambre et le bloc opératoire (images de l'Institut Mutualiste Montsouris)

Se rendre au bloc opératoire sur ses deux jambes, attendre l’opération en feuilletant un magazine ou en écoutant de la musique. L’image peut prêter à sourire, mais c’est bien ce que tente l’Institut Mutualiste Montsouris à Paris. Le « patient debout », c’est le volet le plus avancé de la chirurgie ambulatoire, qui vise à raccourcir autant que possible les séjours à l’hôpital. L’IMM l’expérimente depuis octobre 2014.

 

Une technique bien rôdée

« Avant, le patient arrivait dans sa chambre, il était déshabillé et mis en condition. Il était mis sur un brancard et ce brancard était transporté sur les 15 mètres qui séparent la structure ambulatoire du bloc opératoire. Souvent, le patient attendait dans le couloir, qui est un lieu de passage, que la salle soit prête. Il entrait dans la salle d’opération, toujours sur son brancard et transféré à l’horizontale sur la table d’opération », raconte le Dr Olivier Untereiner, anesthésiste-réanimateur à l’Institut Mutualiste Montsouris. Le patient en question est pourtant capable de marcher, dans la plupart des cas. Alors pourquoi ne pas le laisser marcher ?

 

Face à ce constat, le Dr Untereiner a souhaité développer la technique du patient debout. Il s’est inspiré de structures y ayant déjà recours, notamment le Centre anticancer Léon-Bérard à Lyon, mais aussi le service de chirurgie digestive de l’hôpital Herriot, toujours à Lyon, et du Centre anticancer Paoli-Calmette à Marseille. Il a fallu 7 mois de réunions et de travaux pour que l’expérience pilote démarre. Depuis le 6 octobre, date du lancement, la technique est bien rodée.

 

Ecoutez Guylaine Rossel, cadre de santé à l’Institut Montsouris : « L’infirmière explique au malade les modalités de son transfert. L’aide technique accompagne le patient vers le bloc opératoire. Le patiente s’installe lui-même sur la table d’intervention. »

 

Des patients moins stressés

L’habillement des patients a été retravaillé selon les exigences de l'expérience. Il comprend une charlotte, une chemise et des sur-chaussures, comme pour un patient transporté sur un brancard. « Pour la pudeur du malade, on a ajouté un pantalon, et pour l’hygiène, des chaussons », précise Guylaine Rossel.

Une salle d’attente a également été construite près du bloc ambulatoire. En plus des fauteuils, de la musique et des magazines sont proposés aux patients. La porte est vitrée, les patients peuvent donc observer l’activité dans le bloc. L’objectif est double : dédramatiser l’opération autant que possible, et assurer la sécurité du patient en le gardant à l’œil. Plus de 500 patients ont été opérés selon ce protocole, principalement en ophtalmologie – l’opération se déroule sur un fauteuil – et en endoscopie – le patient est alors opéré sur son brancard. A trois mois d’expérience, le bilan est plutôt bon, pour les patients comme l’équipe soignante.

 

Ecoutez le Dr Olivier Untereiner, anesthésiste-réanimateur : « Il y a une diminution du stress. Cela nous pousse aussi à améliorer nos pratiques, du fait du relationnel très différent qu’on a. »

 

Chaque patient qui s'est rendu au bloc sur ses pieds a rempli un questionnaire après l’opération. 98 % se sont dits satisfaits du mode de transfert et autant du respect de leur intimité. Et pas un seul n’a, pour le moment, refusé de se plier au jeu.

 

Quelques réticences des soignants

Malgré tous les arguments positifs, du côté des soignants, la méthode « patient debout » peut bloquer. C’est particulièrement le cas chez les anesthésistes, reconnaît Olivier Untereiner. Ils ont pour habitude d’administrer un léger sédatif (anxiolytique, hypnotique ou benzodiazépine) avant l’opération, afin de diminuer le stress. Le fait que le patient se rende à pied au bloc remet en cause cette pratique courante… bien qu’elle n’ait pas fait ses preuves.

 

Ecoutez le Dr Olivier Untereiner, anesthésiste-réanimateur : « On n’a jamais mis en évidence le bénéfice d’une prémédication. Le fait de faire descendre le patient debout a un effet anxiolytique important. »

 

Convaincre est donc difficile, mais une fois mise en place, l’expérience « patient debout » a fini par faire l'unanimité au bloc ambulatoire, y compris parmi les chirurgiens. « J’ai vu dans cette salle d’attente des chirurgiens qui s’étaient installés à côté du patient. Ce sont des petites choses qui créent un lien qui n’existait pas avant, témoigne le Dr Oliver Untereiner. Un patient allongé, c'est un foie qu'on opère. Du coup, je dois faire un effort pour lui dire bonjour. Alors que s'il est debout, c'est plus naturel. » 

Le coût du patient debout est relativement modeste pour la structure : il a fallu 8 000 euros de travaux pour notamment élaborer la salle d’attente, et le projet ne coûte qu’un euro par patient en consommables.