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Chirurgie ambulatoire

Les futurs hôtels hospitaliers ne doivent pas être des "hôpitaux au rabais"

Par la rédaction

Alors que l’Assemblée vient de donner son feu vert pour l’expérimentation des hôtels hospitaliers, le concept, qui devrait permettre de réaliser des économies, ne séduit pas tout le monde.

OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA

Le 24 octobre 2014, l’Assemblée nationale a approuvé l’expérimentation « d’hôtels hospitaliers » en France. Ces établissements auraient pour vocation de constituer un relai entre l’hôpital et le domicile des patients. Par ailleurs, l’hôtel hospitalier est présenté comme un « futur moteur du développement de la chirurgie ambulatoire ».


Une mesure pour faire des économies

La mesure avait été proposée par le rapporteur du budget de la sécurité sociale 2015, proposant aux patients de passer leur convalescence dans des hôtels hospitaliers afin de réaliser des économies. Selon le député socialiste Olivier Véran, rapporteur du budget 2015 de la Sécurité sociale, passer la nuit à l’hôtel plutôt qu’à l’hôpital après une opération pourrait faire passer les frais de 1250 à 50 euros pour l’Etat. Lors de la présentation du projet, les élus UMP « étaient apparus plus ou moins hostiles », rapporte Le Parisien, qui explique par exemple que « Jean-Pierre Barbier avait jugé "le sujet intéressant" mais appelé à "être prudent" vu de possibles conséquences sur certains établissements ». L'UMP s'était notamment inquiétée que des lits d'hôpitaux ne ferment pas, d’après Le Parisien.


Rejet de l’Association de chirurgie ambulatoire

Cependant, l’ensemble des professionnels de santé n’est pas convaincu par la mesure. Le Professeur Corinne Vons ainsi que le conseil d’administration de l’Association française de chirurgie ambulatoire (AFCA), ont publié en ligne dans un éditorial leur avis à ce propos. Ils expriment de fortes réticences face au concept de l’hôtel hospitalier. Ils posent plusieurs questions, notamment le fait que l’hôtel hospitalier devienne « un nouveau site de transmission d’infections nosocomiales » ou encore, que « les bénéfices du retour à domicile pour les personnes âgées (moindre désorientation et troubles cognitifs) ne soient  perdus ». Par ailleurs, ils s’interrogent également sur le fait qu’une mince part des patients opérés en ambulatoire seraient candidats à ce type d’hébergement hospitalier et qu’il n’y a donc « pas de nécessité de construire des hôtels (appelés « hospitaliers » en raison de la proximité de l’hôpital mais qui ne sont pas médicalisés) pour une fraction si faible des patients ».


La France a la traîne

En conclusion, l'AFCA dit « oui à une prise en charge de nuitée dans un hôtel de proximité pour les patients habitant loin de l’hôpital ou lorsque les conditions météorologiques sont défavorables, mais non à un hôtel qui héberge uniquement des patients et qui devient un hôpital au rabais.» Corinne Vons avait rappelé dans une interview à l’Agence France Presse en octobre 2014 que la « révolution » de l’ambulatoire a débarqué en France avec des années de retard sur les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Là-bas, sept à huit opérations sur dix se font ainsi. En France, en 2013, 43 % des séjours hospitaliers ont été réalisés en ambulatoire : un sur deux dans le privé et un sur trois dans le public. Reste à savoir si l’expérimentation des hôtels hospitaliers sera concluante.