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Première étude épidémiologique en France

Distilbène : les risques pour les filles et les petites-filles

Par Suzanne Tellier

Les femmes qui ont été exposées au Distilbène dans le ventre de leur mère ont deux fois plus de risques de développer un cancer du sein, selon les résultats d’une étude épidémiologique.

CC/Flickr/RéseauDESFrance

Peu à peu, le voile se lève sur le scandale du Distilbène. Depuis des années, les « filles D.E.S » tentent de faire reconnaître leur handicap auprès des autorités. La première étude épidémiologique de France sur le sujet, incluant plus de 10 000 questionnaires et 500 000 réponses, devrait faire avancer leur combat.

Le Distilbène (diéthylstibestrol), un œstrogène de synthèse, a été prescrit à 200 000 femmes dans les années 1950 comme remède miracle contre les fausses couches. En réalité, ce perturbateur endocrinien s’est révélé être un poison, qui a contaminé trois générations successives (les consommatrices, leurs enfants et leurs petits-enfants), provoquant des cancers du col de l’utérus et du vagin, ainsi que des malformations génitales, des problèmes d’infertilité et des naissances prématurées.

Un risque doublé de cancer du sein
L’étude montre ainsi que les 80 000 « filles D.E.S », qui ont été exposées au Distilbène pendant la grossesse de leur mère, ont deux fois plus de risque de développer un cancer du sein que les autres. En revanche, contrairement à ce qu’ont suggéré des études antérieures, ce risque n’augmente pas avec l’âge.

En fait, ce risque est comparable à celui d’une femme dont une parente au premier degré (mère, sœur, fille) a elle-même été victime d’un cancer du sein. Chez les « mères D.E.S », ce risque augmente de 30%.

Les auteurs de l’étude appellent donc les « filles D.E.S » à subir des examens complets et réguliers (utérus, vagin, col, seins) chez le gynécologue. Problème : les patientes ignorent souvent qu’elles sont victimes du Distilbène. D’où la nécessité d’améliorer le dépistage et de mieux former les praticiens.

Impact sur la 3e génération
L’étude révèle aussi l’impact de cette hormone sur la troisième génération, à savoir, les enfants des « filles D.E.S ». Dans cette population, les chercheurs ont constaté une augmentation des cas d’Infirmité Motrice Cérébrale (IMC), liée à leur naissance souvent prématurée, voire très prématurée.

L’étude révèle également les malformations dont cette génération peut être victime, garçons comme filles. Ainsi, au sein de l’étude, 14 cas d’obstruction de l’œsophage ont été observés, ainsi qu’une forte incidence des cas d’hypospadias (malformation de l’urètre) et de cryptorchidie (anomalie des testicules).

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