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L'appel des spécialistes

Mieux rembourser le sevrage tabagique

Par Melanie Gomez

A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le tabac, plusieurs spécialistes appellent les pouvoirs publics à un meilleur remboursement des traitements du sevrage tabagique.    

POUZET/SIPA

D’ici 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le tabac sera la principale cause de décès et d'incapacité, avec plus de 10 millions de victimes par an. D’après ces projections, le tabagisme devrait donc entrainer plus de décès à travers le monde que le Sida, la turberculose, la mortalité maternelle, les accidents de voiture, les suicides et les homicides combinés. Ainsi à l’occasion de la journée mondiale sans tabac qui se déroule ce samedi, l’Alliance contre le tabac qui regroupe les principaux acteurs de la lutte contre ce fléau depuis 1991, a tenu à présenter ses priorités visant à accélérer la réduction du tabagisme en France. Parmi elles, « Aider les fumeurs » semble l’un des leviers indispensable de ce combat. Et pour soutenir les efforts de ceux qui ont déjà pris la décision d’arrêter de fumer, ces experts encouragent donc la promotion d’un accompagnement à la fois médical et médicamenteux. A ce jour, la prise en charge proposée aux fumeurs et l’accessibilité aux traitements ne seraient pas suffisantes.

 

Augmenter la prise en charge financière et faire un tiers Payant

Les experts de l’Alliance contre le tabac ne sont d'ailleurs pas les seuls à réclamer aux pouvoirs publics une meilleure prise en charge du sevrage tabagique en France. Déjà en janvier dernier, la HAS proposait pour la énième fois, que l’arrêt du tabac soit « totalement couvert », quelle que soit la situation du fumeur et le choix de la thérapie.

 

Ecoutez Yves Bur, Président de l’Alliance contre le tabac : « Il faut prendre en charge la démarche médicale de sevrage et pas seulement les produits. Au final, ce sera bénéfique pour eux et pour les finances de l’Assurance maladie. »

 

Pour ces spécialistes, le non-remboursement total des produits d’arrêt du tabac est d’autant plus une aberration que les preuves de l’efficacité de cette disposition ne manquent pas. « La Cour des comptes a dit qu’il fallait rembourser, qu’au final cela ferait gagner de l’argent. Les Anglais le font déjà et grâce à ça, ils gagnent déjà de l’argent. Ils ont déjà des études qui le montrent avec 5 à 8 ans de recul », explique le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié Salpêtrière à Paris. Enfin même si les autorités venaient à augmenter le remboursement des patchs et autres substituts nicotiniques par exemple, l’idéal serait même que cet achat puisse se faire avec le tiers-payant. Pour ces experts, le fait de devoir avancer l’argent pour acheter des traitements de sevrage tabagique est un frein pour certains fumeurs.

 

Ecoutez le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT) : « Il faudrait un bon de retrait tamponné par le médecin comme pour le vaccin contre la grippe pour retirer ses produits gratuitement en pharmacie ».

 

Actuellement, 50 € remboursés par année civile et par bénéficiaire

Actuellement, l'Assurance Maladie prend en charge sur prescription médicale établie par un médecin ou une sage-femme, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille…) à hauteur de 50 € par année civile et par bénéficiaire. Depuis 2011, ce montant a tout de même été porté à 150€ pour les femmes enceintes. Toutefois pour bénéficier de cette prise en charge, les substituts nicotiniques doivent figurer sur la liste des substituts nicotiniques remboursables par l'Assurance Maladie. Ils doivent être prescrits par un médecin ou une sage-femme sur une ordonnance consacrée exclusivement à ces produits et aucun autre traitement ne doit figurer sur cette ordonnance. Le fumeur doit donc à ce jour régler le montant total auprès du pharmacien qui lui, transmet via la carte Vitale, une feuille de soins électronique à la caisse d'Assurance Maladie ou délivre une feuille de soins papier. Par ailleurs, il est important de préciser que certaines mutuelles ou assurances complémentaires remboursent les substituts nicotiniques lorsque le contrat le prévoit.