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Etude française

Le baclofène supprime la dépendance à l'alcool

Par Cécile Coumau

Traitement miracle contre l'alcoolisme pour les uns, mise en avant des effets secondaires pour les autres, une première étude prouve que 60% des alcooliques sont libérés de leur dépendance grâce à ce médicament.      

SUPERSTOCK/SIPA

Rarement un médicament aura suscité autant d'espoir avant même que les médecins aient le droit de le prescrire. Ce médicament, c'est le baclofène. L'histoire de ce relaxant musculaire est vieille mais elle prend un premier tournant en 2004 quand ses premiers effets dans l'alcoolisme sont décrits. En 2008, deuxième grand virage : un cardiologue, Olivier Ameisen, publie "Le dernier verre" qui raconte comment le baclofène l'a sauvé de la dépendance alcoolique.

Une nouvelle étape vient d'être franchie. Des médecins français, des pionniers de la prescription du baclofène, viennent de publier la première étude sur l'intérêt de ce médicament dans l'alcoolisme. Jusqu'à maintenant, quelques rares travaux sur un tout petit nombre de patients avaient été publiés. Cette fois, 181 buveurs à haut risque ont été inclus dans cette étude française. Ils avaient essayé tous les traitements, ils étaient dans l'impasse. Quelque 132 patients ont été suivis pendant un an. Résultat : près de 60% d'entre eux sont devenus indifférents à l'alcool et maîtrisent totalement leur consommation. En effet, ce médicament a une action très particulière, il supprime l'envie irrépressible de boire. Autrement dit, boire un verre ou deux reste toujours possible puisque la descente aux enfers ne se produit pas.


Renaud de Beaurepaire
, psychiatre à l'hôpital Paul Guiraud à Villejuif a participé à cette étude: "Le moment esrt venu de faire une extension d'AMM".


Certes, le baclofène n'est pas un produit miracle, comme certains voudraient le croire. D'ailleurs, l'étude française menée par les professeurs Philippe Jaury (université Paris-Descartes) et Renaud de Beaurepaire met en évidence que sur environ 20% des patients, le baclofène ne produit aucun effet. Pour les 20% restants, la situation n'est pas désespérée mais on ne peut pas parler de guérison.


Renaud de Beaurepaire
: "Certaines personnes n'arrivent pas à arrêter de boire parce que l'alcool fait partie de leur vie, de leur identité".


Malgré ces 20% d’échecs, aucun traitement contre l’alcoolisme n’a jamais obtenu de tels taux de réussite. Et même des médecins incrédules sont « bluffés » par les effets du baclofène.


Renaud de Beaurepaire
: « Les chiffres de prescription du baclofène s’envolent ».


Tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Notamment parce que les effets secondaires du baclofène ne sont pas neutres. Les patients se plaignent de vertiges, de nausées, ou encore de fatigue générale. Pour Renaud de Beaurepaire, ces effets indésirables peuvent être en grande partie évités grâce à une augmentation très progressive des doses : « D’un patient à l’autre, la dose efficace de baclofène peut varier de 1 à 20 ».


Pour autant, les autorités sanitaires vont-elles autoriser la prescription de ce médicament dans la prise en charge de l’alcoolisme ? Pas si sûr, il y a fort à parier qu’ils vont attendre les résultats d’une plus grande étude encore. Lancée en mai prochain, elle comparera baclofène et placebo sur quelque 300 patients cette fois. Cette précaution s’explique notamment parce qu’aujourd’hui, la dose maximale autorisée de baclofène, c’est 80 mg par jour. Une dose efficace pour relaxer les muscles. Pour libérer les alcooliques de leur dépendance, il faut souvent grimper jusqu’à 150mg par jour.