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Médicaments génériques : pourquoi des Français doutent encore

Une étude espagnole dénonce des stratégies de discrédit des génériques sur Internet. En France, entre communication simpliste des industriels, incitation de l’Assurance Maladie et scepticisme des médecins, les patients hésitent.  

Médicaments génériques : pourquoi des Français doutent encore DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 10.03.2014 à 09h00
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Internet dépeint une image inquiétante des médicaments génériques, plus risqués et moins efficaces que les médicaments d’origine. C’est ce qui ressort d’une étude menée en Espagne entre 2009 et 2012 sur plus de 200 000 pages web (média, blogs et forums) par des sociologues de l’Université nationale d’enseignement à distance basée à Madrid. Pour les auteurs de cette étude publiée dans la revue Qualitative Social Work, ces stratégies de communication à l’œuvre sur le web pour créer un climat de risque autour des génériques expliquent en grande partie pourquoi les Espagnols ne consomment que 36% de leurs médicaments sous forme de génériques contre plus de 60% dans certains autres pays européens.


En proportion, la réticence des Français aux génériques est assez comparable à celle des Espagnols puisque les génériques représentent environ 26% des médicaments remboursés. En décembre dernier, un sondage IFOP mené auprès des clients des pharmacies du groupe PHR montrait que 40% d’entre eux considèrent les génériques comme moins sûrs et 31% comme moins efficaces que les médicaments d’origine.


En France, les médecins eux-mêmes doutent

Mais ce n’est pas le climat du web que les observateurs pointent du doigt pour expliquer que les Français se méfient des génériques. « En France, le développement du générique est passé par les pharmaciens et pas par les médecins comme dans les pays nordiques et anglo-saxons. Or ce lien médecin-médicament, cette adhésion du corps médical aurait beaucoup contribué à transmettre la confiance dans les génériques », analyse Catherine Bourrienne-Bautista, déléguée générale du Gemme, l’association des laboratoires génériqueurs français.


Ecoutez Lucien Bennatan
, président du groupe de pharmacies PHR : « En France, les médecins généralistes discréditent le médicament générique auprès de leurs patients »


 

Il n’y a pas que les médecins généralistes qui fassent part de leurs doutes. Cardiologues, neurologues, diabétologues soulignent leurs difficultés à équilibrer parfaitement certains malades chroniques avec les traitements génériques. En février 2012, c’est l’Académie de Médecine elle-même qui souligne dans un rapport que la bioéquivalence entre générique et médicament princeps (le médicament d’origine) ne signifie pas automatiquement équivalence thérapeutique entre les deux. « Nous ne cherchions pas à démolir les génériques. Nous voulions préciser qu’il est erroné de dire que les génériques sont des copies conformes et qu’il ne devrait pas y avoir d’obstacle pour revenir au princeps si le patient supporte mal tel ou tel générique », précise l’Académicien Charles-Joël Menkès, auteur de ce rapport.


Des contraintes qui passent mal

Ce qui passe particulièrement mal en effet, c’est que les autorités sanitaires, faute d’avoir su convaincre le corps médical, usent maintenant de la sanction financière. Pour le médecin, le taux de prescription de médicaments génériques influence désormais le montant de sa prime à la performance et pour le patient, la règle est, depuis l’été 2012, « tiers payant contre générique ». Autrement dit, si vous refusez que votre pharmacien substitue un générique au médicament de marque indiqué sur votre ordonnance, vous devez faire l'avance des frais et compléter vous-même la feuille de soins papier à l’ancienne avec à la clé un remboursement plus lent.

 

Un enjeu économique assumé

« Il n’y a pas de ligues médicales anti-génériques, assure le Pr Charles-Joël Menkès. Je prends moi-même quantité de médicaments génériques tous les jours sans aucun problème. L’argument économique pour le système de santé est plus que recevable. »

 

Ecoutez le Pr Charles-Joël Menkès, auteur du rapport pour l’Académie de Médecine : « Chacun contribue ainsi à ce que le système de santé puisse financer les traitements coûteux du cancer, très bien. Ce qui n’est pas acceptable, c’est qu’on essaye de camoufler lorsqu’il y a un problème avec un générique. »


 

« On leur reproche une efficacité variable d’une personne à l’autre, mais c’est le propre du médicament, qu’il soit générique ou non, défend Lucien Bennatan. Pareil quand on montre du doigt leurs matières premières originaires d’Inde ou de Chine, c’est le cas de toute l’industrie pharmaceutique aujourd’hui. » Catherine Bourrienne-Bautista, déléguée générale du Gemme renchérit : « 95% des médicaments génériques dispensés en France sont fabriqués en Europe. Je ne pense pas que beaucoup d’autres secteurs industriels puissent annoncer ces chiffres-là. »

 

Des low cost de bonne qualité

Les médicaments génériques sont « low cost » du fait des économies de recherche et de développement, pas au mépris de leur qualité et de leur sécurité. Ce discours martelé par les industriels est appuyé par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). « Lorsque nous les évaluons avant de les mettre sur le marché, nous avons les mêmes exigences vis à vis des médicaments génériques que des non génériques. Dans le rapport que l’Agence a publié en décembre 2012, nous avons bien expliqué que les génériques ne bénéficient ni d’une évaluation ni de contrôles allégés », souligne Philippe Vella, à la tête de la direction des médicaments génériques à l’ANSM.

 

Reste à convaincre les Français et à dissiper le malentendu originel : avoir d’abord voulu leur faire croire que génériques et médicaments de marque, c’était exactement la même chose avant de raffiner le discours.

 

Ecoutez Catherine Bourrienne-Bautista, déléguée générale du Gemme, l’association des laboratoires génériqueurs français : « La communication autour de l’idée de copie conforme, ce n’était pas adapté. On aurait plutôt dû communiquer sur le fait que le générique va vous soigner de la même façon que le princeps »

 

Pour (r)établir la confiance, les regards se tournent désormais vers le ministère de la Santé, en espérant qu’il use de pédagogie, de nuance et de transparence.  

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