- Après une nécrose des tissus faciaux, provoquée par une infection bactérienne, le visage Carme était défiguré.
- À l’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone, elle a bénéficié d’une greffe de la partie centrale du visage à partir d’une personne euthanasiée qui a fait don de ses tissus faciaux.
- Toujours "en convalescence", la patiente déclare que sa vie "s’améliore" après cette opération aidant à "restaurer la fonction et la sensibilité".
"Je ne pouvais pas manger car ma bouche ne s’ouvrait pas, il me manquait la moitié du nez et je ne pouvais pas respirer correctement. Physiquement, c’était très pénible, je ne pouvais plus mener une vie normale", raconte Carme, au journal espagnol El Pais, dont le visage a été défiguré à cause d’une nécrose sévère liée à une infection bactérienne. Une lueur d’espoir est apparue quelques mois plus tôt. Pour restaurer son visage, une greffe de type I (à savoir la partie centrale du visage), "extrêmement complexe", est possible à l’hôpital Vall d’Hebron de Barcelone, qui a réalisé la première transplantation totale du visage au monde en 2010. Mais dans le cas de la patiente qui a perdu une partie de son maxillaire (l’os du visage qui forme le palais et une partie de l’orbite et du nez), la greffe de visage est réalisée, pour la première fois, à partir d’une donneuse euthanasiée. "Avant que la procédure d'aide médicale à mourir (AMM) ne soit mise en œuvre, la donneuse a non seulement décidé de faire don de ses organes et tissus, mais aussi de son visage."
"Une greffe de visage vise à restaurer la fonction et la sensibilité"
Selon l’établissement, le donneur et le receveur doivent être du même sexe et du groupe sanguin et présenter des mensurations crâniennes similaires. Dans un premier temps, une évaluation biologique est réalisée chez le donneur et le receveur. Ensuite, les professionnels de santé évaluent si le candidat à une greffe de visage remplit les critères de l'intervention, au-delà des seuls critères médicaux. Sa capacité d'adaptation, ses ressources, ses attentes et son adhésion au traitement sont évaluées. Ses antécédents psychiatriques, son soutien social et familial, ainsi que son état cognitif sont également pris en compte. "Une greffe de visage ne consiste pas seulement à greffer des tissus mous pour donner une apparence normale. Elle vise à restaurer la fonction et la sensibilité. Une greffe de visage insensible et inerte n'est rien de plus qu'un masque", a déclaré Joan-Pere Barret, chef du service de chirurgie plastique et des grands brûlés à Vall d'Hebron.
Pour l’intervention chirurgicale, reposant sur des techniques microchirurgicales vasculaires et nerveuses tant pour l'extraction que pour l'implantation, l'équipe a pu élaborer des recommandations personnalisées avec une planification 3D pour le receveur et le donneur. "Nous avons pu nous entretenir avec les ingénieurs et, grâce à des modélisations logicielles, planifier les meilleures options de reconstruction des structures osseuses afin d'obtenir une fonction optimale", a ajouté Joan-Pere Barret. D’après l’hôpital, l’opération, mobilisant une centaine de professionnels de diverses disciplines médicales, durent 15 à 24 heures.
Greffe du visage : "Dans un an, je pense que je serai complètement guérie, ce sera formidable"
Après la greffe qui "s’est très bien déroulée", la patiente a été hospitalisée pendant un mois, d'abord en réanimation des grands brûlés, puis en traumatologie. Durant son séjour, son traitement immunosuppresseur est surveillé et les complications potentielles, telles que les infections, sont prises en charge. La rééducation faciale débute dès que possible afin d'intégrer la mobilité aux muscles greffés et de restaurer progressivement des fonctions comme la mastication, la gestuelle et la parole. Un soutien psychologique est également proposé pour aider la patiente à accepter les changements de son image corporelle et les effets de la chirurgie et des médicaments.
Interrogé par le journal El Pais, Carme indique être "encore en convalescence. Ma vie s'améliore : je peux parler, je recommence à manger, je retrouve des sensations dans la zone greffée, je peux boire, prendre un café. Je n'ai plus d'appréhension à sortir et je peux mener une vie normale. Dans un an, je pense que je serai complètement guérie, ce sera formidable." Néanmoins, certaines études, citées par El Pais, suggèrent que la transplantation faciale pourrait présenter des risques à long terme.


