- Près d'un jeune Américain sur cinq demande des conseils de santé mentale à une IA.
- La majorité garde cette pratique secrète même s'ils se sentent aidés par l'IA.
- Les chercheurs appellent à mieux encadrer ces usages sans remplacer les professionnels.
Face à la difficulté d'accéder rapidement à un professionnel de santé mentale, de plus en plus de jeunes se tournent vers les intelligences artificielles comme ChatGPT ou Google Gemini. Une nouvelle étude publiée dans JAMA Pediatrics révèle qu'un adolescent ou jeune adulte américain sur cinq a déjà demandé des conseils psychologiques à un chatbot. Une pratique en forte progression, mais qui reste souvent cachée à l'entourage.
Une aide jugée utile... mais souvent gardée secrète
Les chercheurs ont interrogé plus de 1.000 Américains âgés de 12 à 21 ans, un échantillon représentatif de près de 42,8 millions de jeunes grâce à un redressement statistique. Résultat : 19,2 % déclarent avoir utilisé un chatbot lorsqu'ils se sentaient tristes, anxieux, stressés ou en colère, contre seulement 13 % un an plus tôt. Plus de 42 % des utilisateurs y ont recours au moins une fois par mois et 5,8 % presque chaque jour. Cette progression s'inscrit dans un contexte préoccupant : selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), un lycéen sur trois déclare être en mauvaise santé mentale la plupart du temps, tandis que plus de 20 % ont déjà sérieusement envisagé le suicide.
La recherche montre que 91,7 % des jeunes ayant utilisé un chatbot estiment que les réponses obtenues sont utiles. Mais les auteurs invitent à la prudence. "Le fait que les utilisateurs aient l'impression d'être aidés pourrait davantage s'expliquer par la tendance des chatbots à aller dans leur sens et à les flatter que par la qualité des conseils qu'ils délivrent", écrivent-ils dans un communiqué. Autrement dit, le sentiment d'être aidé pourrait venir de la tendance des IA à approuver ou rassurer leurs interlocuteurs, sans garantir la pertinence de leurs conseils.
Autre constat marquant : 63,3 % des utilisateurs n'ont parlé à personne de cette démarche. Seuls 16,4 % l'ont évoquée avec un adulte de confiance, comme un parent, un médecin ou un enseignant.
Un complément des professionnels de santé, sans les remplacer
Les chercheurs observent que les jeunes ayant déjà consulté un médecin pour leur santé mentale sont davantage susceptibles d'utiliser aussi un chatbot. L'IA semble donc compléter, plutôt que remplacer, les soins traditionnels.
Pour les auteurs de l'étude, les chatbots font désormais partie de "l'écosystème d'information sur la santé mentale" des jeunes. Ils recommandent aux parents, enseignants et professionnels de santé d'aborder ouvertement le sujet afin d'expliquer les limites de ces outils et d'encourager le recours à des spécialistes lorsque cela est nécessaire.


