- Charlie Dalin est décédé à 42 ans des suites d'un cancer digestif rare.
- En parallèle, une étude française montre que le système immunitaire pourrait empêcher très tôt l'apparition du cancer colorectal.
- Ces travaux ouvrent la voie à de nouveaux outils de prévention et de suivi.
Quelques mois après avoir remporté le Vendée Globe 2024-2025 dans un temps record, Charlie Dalin s'est éteint à l'âge de 42 ans après des années à se battre contre un cancer digestif rare. "C'est avec une profonde tristesse que notre famille et moi-même annonçons le décès de mon mari Charlie Dalin, des suites d'une longue maladie", écrit sa femme Perrine Le Pape dans un texte transmis ce jeudi 11 juin à l'AFP.
Un combat contre "une tumeur de la taille d’un pamplemousse"
Le navigateur havrais avait appris à l'automne 2023 qu'il était atteint d'une tumeur stromale gastro-intestinale (GIST), une forme rare de cancer développée à l'extérieur de l'intestin grêle. "Tu prends un bus dans la tête et tu ne sais pas ce qui t'arrive", confiait-il à L'Équipe. Les médecins avaient découvert une tumeur de 15 centimètres. "Dans le ventre, j'avais une tumeur de la taille d'un pamplemousse", racontait-il. Les tumeurs stromales gastro-intestinales, issues de mutations génétiques (C-KIT ou PDGFRA), sont souvent silencieuses, mais peuvent provoquer douleurs abdominales, vomissements ou hémorragies digestives à un stade avancé. "[Elles] ont souvent une croissance lente, mais elles présentent un large éventail de potentiels malins", précise le Manuel MSD.
Malgré la maladie et un traitement quotidien, Charlie Dalin avait poursuivi la compétition jusqu'à remporter le Vendée Globe. Mais quelques semaines après son retour, la progression de la tumeur avait nécessité une intervention chirurgicale lourde. Et il avait mis sa carrière en pause.
Sa disparition rappelle à quel point les cancers digestifs peuvent évoluer silencieusement pendant des années avant d'être détectés. C'est d'ailleurs précisément sur cet enjeu que porte une nouvelle étude française consacrée au cancer colorectal, l'un des cancers les plus fréquents.
Un système immunitaire mieux armé contre les lésions
Dans la plupart des cas, le cancer colorectal se développe à partir de petites lésions précancéreuses appelées polypes. Ces lésions sont généralement bénignes au départ, mais certaines peuvent évoluer progressivement vers un cancer. C'est pourquoi le dépistage est si important : lorsqu'un polype est détecté lors d'une coloscopie, il peut être retiré avant qu'il ne devienne dangereux. Pourtant, certains patients développent régulièrement de nouveaux polypes, tandis que d'autres en présentent très peu. Jusqu'à présent, les raisons de ces différences restaient mal comprises.
Des chercheurs de l'Inserm, de Sorbonne Université et de l'Université Paris Cité ont étudié 258 lésions précancéreuses chez 69 patients. Leurs travaux, publiés dans la revue Science Translational Medicine, montrent que l'environnement immunitaire autour des polypes pourrait fortement influencer leur évolution. Les scientifiques ont constaté que les personnes développant peu de polypes possédaient davantage de cellules immunitaires capables de surveiller et de combattre les cellules anormales. Autrement dit, leur organisme semblait mieux armé pour empêcher la progression des lésions.
"Nos analyses poussées de l'évolution du microenvironnement montrent également que ce profil immunitaire 'renforcé' peut s'établir très précocement, dès l'apparition du premier polype, et pourrait permettre l'immunosurveillance des cancers naissants", explique Jérôme Galon, directeur de recherche à l'Inserm.
Une piste prometteuse pour mieux prévenir le cancer
Les chercheurs ont également identifié une forte présence d’ARN non codants dans les lésions associées à une meilleure immunosurveillance. Ces molécules ne servent pas à fabriquer des protéines, mais participent à la régulation de l’expression des gènes et pourraient favoriser la détection des cellules précancéreuses par le système immunitaire. "Ces observations suggèrent que ces ARN non codants joueraient un double rôle : à la fois dans la préservation des mécanismes de régulation des gènes et dans l'orchestration de l'immunosurveillance antitumorale précoce au niveau local", souligne Jérôme Galon.
A l'avenir, ces molécules pourraient devenir de précieux indicateurs pour identifier les personnes les plus à risque. Elles pourraient également ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de prévention, voire à des immunothérapies capables d'agir très tôt, avant même l'apparition d'un cancer.



