- Une récente étude présente une signature métabolique de la privation aiguë de sommeil dans la salive, identifiée grâce à un modèle prédictif basé sur les variations des métabolites salivaires.
- Selon les chercheurs, le fait de dormir deux heures de sommeil en moins que d'habitude n’entraîne pas de modifications métaboliques exploitables.
- Ils suggèrent d’utiliser ces premiers biomarqueurs directs du manque de sommeil dans la salive en conditions réelles, notamment auprès des travailleurs de nuit ou des routiers.
Le manque de sommeil, pouvant entraîner des effets similaires à ceux d'une intoxication grave (alcool, drogues…), nuit à la vigilance et à la coordination. C’est pourquoi il n’est pas conseillé de conduire si l’on n’a pas beaucoup dormi la veille. Si un dépistage d'alcoolémie existe depuis plusieurs années, aucun test clinique ne permet de déterminer si une personne souffre d'un manque de sommeil considéré comme dangereux, alors qu’il s’agit "d'un des plus grands fléaux de notre époque", a signalé Thomas Kraemer, professeur de l’université de Zurich (Suisse). Ainsi, le chercheur et son équipe ont voulu savoir s’il était possible de détecter une empreinte métabolique du manque de sommeil dans la salive.
Manque de sommeil : un marqueur métabolique unique détecté dans la salive
Pour ce faire, les auteurs ont recruté 20 jeunes hommes en bonne santé qui dorment habituellement entre sept et neuf heures par nuit. Les participants ont réalisé trois scénarios de sommeil dans un ordre aléatoire, espacés d'une semaine : une privation de sommeil (une nuit blanche), une restriction de sommeil (quatre nuits avec deux heures de sommeil en moins que d'habitude) et une période de repos (environ huit heures de sommeil). Au cours de l’intervention, des échantillons de salive ont été prélevés à plusieurs reprises, puis leur composition métabolique a été analysée.
L'état de restriction de sommeil n'a montré aucune différence métabolique par rapport à l'état de repos. En revanche, les scientifiques ont identifié 10 différences moléculaires dans la salive après une nuit complète de repos et après 24 heures sans sommeil. Selon les résultats, publiés dans la revue Journal of Proteome Research, la privation aiguë de sommeil a révélé une empreinte métabolique unique, détectable avec précision à l'aide de seulement 12 caractéristiques moléculaires. Cette empreinte était plus prononcée dans les échantillons prélevés le matin ou en milieu de journée. Durant tous les moments de l'étude, les prédictions, faites par un modèle prédictif basé sur les variations des métabolites salivaires, correctes ont largement surpassé les incorrectes.
Un "ensemble de métabolites salivaires" a utilisé en conditions réelles
"Ces recherches démontrent qu'un ensemble de métabolites salivaires constitue une 'empreinte digitale de la somnolence' potentiellement utile dans des situations telles que les contrôles routiers, où la détection précise du manque de sommeil est essentielle", ont indiqué les auteurs. Désormais, ils veulent commencer une évaluation internationale à grande échelle du modèle prédictif, en étendant les tests à plus de 1.000 échantillons prélevés auprès de travailleurs de nuit, de femmes et de conducteurs fréquents.


