- Les réseaux sociaux peuvent affecter la santé mentale et les capacités cognitives.
- Une pause de quelques jours améliore nettement le bien-être.
- Tous les utilisateurs ne sont pas égaux face aux risques.
Les dangers des réseaux sociaux pour la santé mentale : le sujet, largement étudié et dénoncé par les scientifiques, s’impose désormais jusque dans les tribunaux. Aux Etats-Unis, lors d’un procès historique, une jeune femme de 20 ans a raconté avoir perdu le contrôle de sa vie à cause des réseaux : "Je voulais être dessus tout le temps", a-t-elle confié. Elle décrit une spirale faite d’addiction, d’anxiété et de dépression. Elle a obtenu, il y a trois semaines, la condamnation de Meta et YouTube, qui ont fait appel.
Ce cas illustre une tendance plus large : de nombreuses recherches montrent un lien entre usage intensif et troubles psychiques, mais aussi des effets cognitifs mesurables sur l’attention, la mémoire ou encore la concentration. "Nous avons tous une relation quelque peu malsaine avec nos téléphones", souligne Kostadin Kushlev, professeur de psychologie à l’université de Georgetown, auprès du Washington Post.
Une pause de deux semaines aux effets spectaculaires
Bonne nouvelle : ces effets ne sont pas irréversibles. Une récente étude publiée dans PNAS Nexus, menée auprès de 467 adultes, montre qu’une simple réduction de l’usage du smartphone pendant 14 jours améliore significativement la santé mentale. Les participants ont réduit leur temps d’écran de 314 à 161 minutes par jour.
Résultat : amélioration du bien-être, baisse des symptômes dépressifs et progrès de l’attention. Selon les chercheurs, l’amélioration de l’attention soutenue équivaudrait à effacer environ dix ans de déclin lié à l’âge. Même les participants n’ayant pas respecté strictement les consignes ont bénéficié d’effets positifs. "Même une détox numérique partielle, même pendant quelques jours, semble fonctionner", insiste le Pr Kushlev.
D’autres travaux confirment ces résultats. Une étude de Harvard publiée en novembre dernier dans le JAMA Network Open montre qu’après une semaine de réduction d’usage, l’anxiété baisse de 16,1 %, la dépression de 24,8 % et l’insomnie de 14,5 %.
Tous les utilisateurs ne sont pas égaux face au risque
Mais les effets des réseaux sociaux varient selon les individus. Pour le psychiatre John Torous, de la Harvard Medical School, il s’agit d’un "problème à la Boucle d’or" : "Pour certains, c’est trop, pour d’autres pas assez, et pour d’autres encore c’est juste ce qu’il faut. Il est très important d'identifier qui en est blessé". Les personnes les plus vulnérables sont en effet celles les plus sensibles à la comparaison sociale, à la perturbation du sommeil ou à l’isolement.
Enfin, les smartphones semblent plus problématiques que les ordinateurs. Leur usage est jugé plus compulsif et automatique, et le comportement qui va avec perturbe les interactions sociales et diminue la qualité de nos relations.
Face à ces constats, les experts appellent à adapter certaines habitudes : réduire progressivement, limiter certaines applications ou instaurer des moments sans écran peuvent suffire.


