- L’exposition aux pesticides avant la grossesse pourrait affecter la santé des nouveau-nés.
- Certains produits chimiques sont liés à des scores d’Apgar plus faibles.
- Des gestes simples permettent de réduire les risques au quotidien.
"Avant même la grossesse, certains facteurs invisibles pourraient déjà peser sur la santé du futur bébé." C’est le constat préoccupant dressé par une étude américaine qui pointe du doigt l’exposition des femmes aux pesticides agricoles comme un risque potentiel encore largement sous-estimé.
Menée par l’Université de l’Arizona, avec le soutien de la Harvard Chan School of Public Health et de la UCLA Fielding School of Public Health, cette recherche met en lumière un moment clé : la période précédant la conception. D’après les résultats publiés dans le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology, cette fenêtre d’exposition pourrait jouer un rôle déterminant dans la santé des nouveau-nés.
Un lien entre l’exposition aux pesticides et un score d’Apgar réduit
L’étude montre que certaines substances, notamment les organophosphorés, pyréthrinoïdes et carbamates, sont associées à des scores d’Apgar plus faibles. Ce score, évalué dans les cinq minutes suivant la naissance, est un indicateur clé de la santé immédiate et future de l’enfant : rythme cardiaque, rythme respiratoire, tonus, réactivité aux stimulus... "Les pesticides sont conçus pour être toxiques – très souvent, les mécanismes biologiques qu’ils ciblent existent aussi chez l’être humain. Leurs effets biologiques sur la santé humaine sont largement démontrés", explique Melissa Furlong, professeure à l’Université de l’Arizona, dans un communiqué.
Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont croisé les registres de naissance de l’Arizona avec une base de données détaillant les utilisations de pesticides dans l’Etat. Résultat : l’exposition des femmes avant et pendant la grossesse semble correspondre à une baisse du score d’Apgar chez les nouveau-nés – une baisse qui est potentiellement liée à des effets neurologiques. Certaines substances, comme la bêta-cyfluthrine ou la cyperméthrine, sont particulièrement pointées du doigt.
"Ce qui est nouveau dans cette étude, c’est l’identification de la période pré-conception comme une fenêtre sensible d’exposition", souligne Audrey Yang, qui a participé aux travaux. Les chercheurs restent toutefois prudents : il s’agit d’une corrélation, et non d’un lien de cause à effet formel.
Comment réduire les risques au quotidien ?
Au-delà des résultats, l’étude insiste sur des gestes simples pour limiter l’exposition. Aspirer régulièrement, bien aérer son logement, utiliser des paillassons et enlever ses chaussures en rentrant, utiliser des filtres à eau ou encore nettoyer son système de ventilation peuvent réduire la présence de pesticides dans les foyers. Il est aussi recommandé de ne pas utiliser de "produits insecticides à l’intérieur de chez soi pendant la grossesse", selon Melissa Furlong, qui plaide pour "des politiques plus ciblées sur les substances les plus nocives".
Côté médical, les experts invitent les femmes à signaler toute exposition à son généraliste : "Si vous pensez être particulièrement exposée aux pesticides, c’est une information cruciale à partager avec votre médecin", rappelle Audrey Yang.


