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Dépenses de santé

Obésité : pourquoi la France fait semblant de ne pas voir les analogues du GLP-1

Pendant que la France dévoile un nouveau plan contre l’obésité, une question simple reste sans réponse : pourquoi ce plan passe-t-il quasiment sous silence les médicaments qui, ailleurs, ont déjà changé la trajectoire de la maladie ?

Obésité : pourquoi la France fait semblant de ne pas voir les analogues du GLP-1 iStock/zimmytws




L'ESSENTIEL
  • Une nouvelle classe de médicaments est venue bouleverser la prise en charge de l’obésité.
  • Les agonistes des récepteurs du GLP-1, initialement développés pour le diabète, agissent sur plusieurs leviers centraux de la régulation du poids.
  • Ces médicaments sont chers mais l’obésité non prise en charge génère des dépenses massives, différées, souvent irréversibles.

L’obésité n’est pas une opinion. C’est une maladie chronique, multifactorielle, évolutive, dont les conséquences sont aujourd’hui parfaitement connues : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, insuffisance respiratoire, cancers, arthrose, dépression, perte d’espérance de vie. Et pourtant, face à cette réalité, le débat public français continue de tourner autour des mêmes piliers : mieux manger, bouger plus, prévenir dès l’enfance. Tout cela est nécessaire. Mais plus suffisant.

Une révolution thérapeutique déjà là

Depuis plusieurs années, une nouvelle classe de médicaments est venue bouleverser la prise en charge de l’obésité : les agonistes des récepteurs du GLP-1.

Initialement développés pour le diabète, ces traitements agissent sur plusieurs leviers centraux de la régulation du poids :

  • diminution de l’appétit,
  • augmentation de la satiété,
  • ralentissement de la vidange gastrique,
  • action centrale sur les circuits de la récompense alimentaire.

Résultat : des pertes de poids inédites à l’échelle médicamenteuse, souvent supérieures à 15 %, parfois 20 % ou plus, avec des bénéfices métaboliques majeurs.

Ce n’est plus une promesse. C’est une réalité clinique documentée, reproduite, observée en vie réelle.

Les États-Unis ont changé de trajectoire

Aux États-Unis, où ces traitements sont largement prescrits, un phénomène nouveau est apparu : le recul mesurable de la prévalence de l’obésité, après des décennies de progression continue. Ce recul n’est pas uniforme, ni miraculeux, ni sans inégalités d’accès. Mais il est réel. Et il est directement corrélé à l’utilisation massive des GLP-1 chez les patients obèses, avec ou sans diabète.

Pendant ce temps, en France, le discours officiel reste prudent, flou, parfois même silencieux.

Pourquoi ce silence ?

Officiellement, pour des raisons de prudence :

  • recul encore limité sur le très long terme,
  • nécessité d’un accompagnement médical strict,
  • crainte d’un mésusage,
  • importance de ne pas médicaliser à outrance un problème de société.

Tous ces arguments sont recevables. Mais ils ne suffisent pas à expliquer l’absence quasi totale des GLP-1 dans un plan national censé lutter efficacement contre l’obésité. La vraie raison est plus simple. Et moins avouable.

Le nœud du problème : le coût

Les traitements par GLP-1 sont chers. Très chers. Les intégrer pleinement dans une stratégie nationale, c’est accepter :

  • un coût immédiat pour l’Assurance maladie,
  • un débat sur le remboursement,
  • un changement de paradigme : traiter l’obésité comme une maladie chronique à part entière, et non comme un simple problème de mode de vie.

C’est là que le bât blesse. Car ne pas traiter coûte aussi, mais plus tard et autrement. Diabète, dialyse, infarctus, AVC, arrêts de travail, invalidité, dépendance : l’obésité non prise en charge génère des dépenses massives, différées, souvent irréversibles.

Le choix implicite est donc clair : économiser aujourd’hui… payer beaucoup plus demain.

Une occasion manquée de dire la vérité

Le problème n’est pas de ne pas tout rembourser immédiatement. Le problème est de ne pas dire les choses clairement, ne pas expliquer aux patients que ces traitements existent, ne pas leur dire pourquoi ils ne sont pas accessibles, ne pas assumer que le frein est avant tout budgétaire.

Ce silence entretient une forme de double discours : on responsabilise les individus, on moralise les comportements, tout en évitant soigneusement le débat sur les outils thérapeutiques réellement efficaces.

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