- Une étude montre que le narcissisme peut annuler les effets positifs de l’éducation face aux fausses informations.
- Les théories du complot flattent le besoin de se sentir unique et supérieur.
- Lutter contre la désinformation demande plus que des faits : il faut comprendre les motivations psychologiques.
Diplômé, cultivé, esprit critique… mais conspirationniste ? Une nouvelle étude australienne, publiée dans la revue Personality and Individual Differences, vient bousculer nos certitudes : le niveau d’éducation, aussi élevé soit-il, ne protège pas toujours contre la désinformation, les fake news, ni même les fameuses théories du complot. En cause : le narcissisme, ce trait de personnalité qui pousse certaines personnes à préférer briller aux yeux des autres plutôt que chercher à comprendre.
Le complot ou l’illusion de détenir un savoir caché
La recherche, dirigée par Tylor Cosgrove, de l'Université d'Australie-Méridionale, révèle que le narcissisme peut en effet neutraliser les effets protecteurs de l’enseignement supérieur face aux fausses informations. Deux études menées sur un total de 660 adultes américains ont montré qu’au-dessus d’un seuil modéré de narcissisme (atteint par environ 16 % de la population), le niveau d'études ne prédit plus avec fiabilité la capacité à distinguer le vrai du faux. "L’éducation affine les compétences argumentatives. Mais chez les narcissiques, elle sert moins à chercher la vérité qu’à paraître spécial", peut-on lire dans un communiqué. Autrement dit, être plus instruit ne signifie pas toujours être mieux informé.
Les personnes narcissiques aspirent à l'admiration et se considèrent comme supérieures aux autres. Or les théories du complot leur donnent justement l’illusion de détenir un savoir caché que tous les autres ignorent. "Croire que l’on voit clair dans des manipulations que la masse ne perçoit pas pourrait alimenter les impulsions narcissiques", le besoin de se sentir supérieur et unique, résume le communiqué. Affirmer des opinions contraires à la majorité devient une manière de se démarquer. L’éducation peut alors devenir un outil pour construire des discours plus sophistiqués... mais pas forcément plus véridiques.
Quelles solutions contre la désinformation quand on est narcissique ?
Ce constat soulève une question cruciale pour nos sociétés modernes : comment lutter efficacement contre la désinformation quand la raison peut être détournée au service du narcissisme et de l’ego ? Les meilleures campagnes de sensibilisation à la désinformation, qui misent sur la diffusion d’informations "fact-checkées", peuvent en effet échouer face à des individus certes instruits mais motivés par le besoin d’avoir raison, et non par celui de connaître la vérité.
Lutter contre la désinformation demande donc plus qu'énumérer des faits : il faut "comprendre les motivations psychologiques" de celles et ceux qui y croient. En guise de solutions, l’étude suggère que des approches personnalisées, comme les dialogues privés (notamment via l’IA), seraient plus efficaces, car ils évitent l’exposition à un public et donc le risque de vouloir se sentir supérieur aux autres pour "sauver la face".


