ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Mort des bébés à Chambéry : Marisol Touraine ne veut pas incriminer le laboratoire

En déplacement à l'hôpital

Mort des bébés à Chambéry : Marisol Touraine ne veut pas incriminer le laboratoire

Par Raphaëlle Maruchitch

Dans l’affaire des trois nourrissons décédés suite à la contamination de leurs poches alimentaires à l’hôpital de Chambéry, la ministre de la Santé reste prudente sur les responsabilités des acteurs.

BAZIZ CHIBANE/SIPA

Après le drame de la mort des trois nourrissons les 6, 7 et 11 décembre derniers à l’hôpital de Chambéry, la ministre de la Santé a fait retirer tous les lots de produits concernés le 17 décembre. Mais les questions autour du dossier se multiplient.

Marisol Touraine était à l’hôpital de Chambéry ce dimanche 5 janvier, pour témoigner son soutien aux parents qui venaient de perdre leurs bébés. Milie, Théo et Chloé avaient pour point commun d’être alimentés par des poches, qui auraient été infectées par des bactéries et auraient ainsi provoqué leur mort brutale.
Dans le cas de Chambéry, d’après les déclarations de son directeur Guy-Pierre Martin, l’hôpital ne serait pas directement en cause de la contamination des poches et c’est donc vers le laboratoire fabricant que l’on se tourne. Il s’agit d’un laboratoire français dont le nom reste confidentiel. Toutefois, la ministre de la Santé a déclaré ce 5 janvier depuis l’hôpital de Chambéry ne pas vouloir « à ce stade incriminer le laboratoire qui a fabriqué les poches ». « Aucune mesure n’a été prise envers le laboratoire », a-t-elle précisé.
Ainsi, c’est toute la chaîne, depuis la production des composants des poches jusqu’à leur administration, qui est actuellement examinée. Par ailleurs, l’Institut Pasteur a été saisi pour déterminer le germe qui est à l’origine de la contamination. Les résultats devraient être connus dans les jours qui viennent.


Le papa de l’un des bébés morts dans la tragédie a déclaré que le lot concerné comptait 137 unités, dont 102 ont été détruites ou utilisées, rapporte Le Figaro. Il reste toutefois impossible à ce jour de donner un chiffre sur le nombre de poches contaminées. La vice-procureure a indiqué que les poches concernées « ont une durée de péremption assez courte et ne sont pas conservées quand elles ne sont pas utilisées », a indiqué Le Figaro.


Un processus délicat

Les poches alimentaires sont utilisées pour nourrir les bébés, souvent prématurés, qui sont en difficulté à la naissance. L’alimentation est alors dite parentérale, c'est-à-dire par voie veineuse au moyen d’une poche. Les poches sont constituées de divers éléments nutritifs nécessaires au nouveau-né (glucose, lipides, acides aminés, vitamines, oligo-éléments…).
La nutrition parentérale est un processus délicat. Il fait intervenir de nombreux paramètres, aussi bien au niveau de la prescription, de la préparation ou de l’administration, qui peuvent générer des risques, notamment celui d’une contamination microbienne. Les accidents sont rares mais peuvent, en témoigne l’histoire de Chambéry, s’avérer dramatiques.


Les poches peuvent être fabriquées soit en laboratoire, soit au sein des pharmacies hospitalières. Elles peuvent être issues d’une production manuelle ou être produites par un automate de remplissage. A priori, la production à l’aide d’un automate sécurise davantage la production car elle fait intervenir moins de manipulations et diminue donc ainsi le risque de contamination microbienne. Mais elle n’est pas toujours possible et souvent, la fabrication des poches destinées aux prématurées est difficile à standardiser par rapport à celles destinées aux adultes : en effet, elle est de petite taille et peut faire l’objet d’une prescription spécifique à la pharmacie pour être adaptée en fonction des besoins du nouveau-né.

Pour l’heure, aucune conclusion ne peut être tirée sur l’origine ou la cause de la contamination microbienne. « Il y a une faille dans le système, il faut absolument qu'ils trouvent cette faille pour que ça n'arrive plus jamais » déclarait à la presse Laurent, papa de l'un des trois nourrissons décédés. La traçabilité des lots devrait lever le voile sur ces questions.