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Le mythe de la crise de foie

Par le Dr Jean-François Lemoine

MOTS-CLÉS :

Dinde et boudin mardi… aspirine et paracetamol Mercredi ! C'est paraît-il le régime de la France aujourd’hui. C’est ce que l’on appelle la crise de foie, mais plutôt de façon impropre. Dans les lendemains de réveillons qui déchantent, les Américains disent qu’ils ont mal au cœur… les Anglais qu’ils ont l’estomac à l’envers et les Français, eux qu’ils souffrent d’une crise de foie. Nous, les médecins, préférons parler d’indigestion. Une affaire qui n’a donc rien à voir avec le cœur mais qui concerne plutôt tout le mécanisme de la digestion, donc effectivement le foie mais aussi l’estomac. Et c’est vrai que, lorsque tout va mal, on aime bien trouver un coupable. Alors, en France, après le foie gras en vedette, c’est le foie tout court qui endosse la responsabilité du malaise.


C’est une véritable injustice pour cet organe parce que celui que les médecins surnomment le « prince de l’organisme », est capable d’encaisser les pires tourments sans se plaindre. Schématiquement le foie, même détruit à 80 %, continue à fournir la presque totalité de sa besogne. Mais, malade à 81 %, c’est la mort inexorable en l’absence d’une greffe. Et même dans ce domaine de la greffe, savez-vous qu’il est capable de se regénérer et qu’à partit d’un petit morceau, l’organisme nous en fabrique un tout neuf.


Mais, cet organe est très sensible à l’alcool puisque c’est une usine de traitemement de déchets, en particulier toxiques. C’est pourquoi, en cas d’intoxication médicamenteuse ou alimentaire, c’est d’abord le foie qui « trinque ». Trinquer est d’ailleurs le bon mot car son principal ennemi est effectivement l’alcool, qui détruit ses cellules avec lenteur certes, mais efficacité, pour aboutir à une maladie qui a longtemps fait partie de notre patrimoine médical : la cirrhose.


Alors, même si notre foie est presque éternel, ce n’est pas une raison pour ne pas le respecter au même titre que l’on protège son cœur, que l’on réchauffe ses articulations, ou que l’on exerce sa mémoire. Se mettre au régime ce n’est pas seulement pour améliorer sa ligne mais pour laisser un petit peu souffler le « petit prince ». Il faudra y penser dans les jours qui viennent, car toutes les potions miracles en vente libre dans les pharmacies ou prescrites par les médecins pour aider le « passage » des fêtes ne sont que des leurres inutiles.


Le programme idéal, c’est de se coucher avec un bouteille d’eau sur la table de nuit après avoir pris un comprimé de paracétamol, car la gueule de bois comme vous le dites, n’est en fait qu’un gros mal de tête du à une déshydratation. Etre déshydraté alors que l’on a trop bu n’a rien paradoxal. En effet, l’alcool supprime les effets d’une hormone qui contrôle le volume de nos urines. En clair on urine une plus grande quantité de liquide que l’on en boit…