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Pneumologues, cancérologues et toxicologues

E-cigarette : des experts belges pour une vente exclusive en pharmacie

Par Julian Prial

Selon un rapport d'experts belges, la e-cigarette ne devrait être vendue qu'en pharmacie. Cela au même titre que les autres produits de substitution du tabac.

BEBERT BRUNO/SIPA

Comme souvent dans l'Union européenne, les pays ont du mal à s'accorder. Et la législation concernant la cigarette électronique ne déroge pas à la règle. En effet, en Belgique, les experts mandatés par le Conseil supérieur de la Santé (CSS) ont estimé que le produit ne pouvait être vendu en dehors des pharmacies. Une position surprenante après le vote récent du Parlement européen qui s'était opposé de façon massive à cette mesure. Cette prise de position étonnante émane d'un rapport que s'est procuré en exclusivité le quotidien belge Le Soir.

En pharmacie, comme les autres substituts au tabac
Ce rapport émane d'experts belges de différentes spécialités (pneumologie, cancérologie, et toxicologie) désignés par le Conseil supérieur de la Santé (CSS) pour trancher le sort de ce type de cigarette. Ces médecins pointent notamment du doigt « la présence de substances toxiques en quantités insuffisamment connues et dont la sécurité à long terme n’a, en outre, pas été suffisamment étudiée. » Par ailleurs, ils mettent aussi en cause « une grande diversité des produits qui pose différents problèmes en matière d’étiquetage ou de dosage de la nicotine. »
Résultat, ils estiment que le produit, qui est désormais vendu comme un nouveau moyen possible pour arrêter de fumer, doit être soumis à des critères de sécurité et d’efficacité. Or, les experts soulignent qu'actuellement, « aucun produit commercialisé dans le royaume de Belgique ne répond à ces conditions. »

Des études nécessaires pour s'assurer que le produit est sans danger
En outre, le CSS estime que l'efficacité du produit n'est toujours pas prouvée face aux gommes et aux patchs, et que l’e-cigarette pourrait entretenir l’addiction par la continuité de la gestuelle avec la vraie cigarette. Surprenant, car cette dernière déclaration est en contradiction avec la toute dernière étude néo-zélandaise sur le sujet.  Selon ces chercheurs, la e-cigarette est un outil de sevrage tabagique au moins aussi efficace que les patchs de nicotine.
Pour toutes ces raisons, la conclusion des experts est sans appel. « La vente d'e-cigarette doit être limitée aux pharmacies et la publicité en serait, elle aussi, limitée. » Les experts préconisent également que fumer une e-cigarette dans des lieux où il est interdit de fumer doit rester interdit. Le rapport a été approuvé mercredi par le CSS et sera prochainement envoyé à la ministre de la Santé Laurette Onkelinx (PS).

La e-cigarette ne doit pas être un médicament selon les médecins français
La position des médecins belges est en totale contraction avec celle des médecins français. « Faire de la cigarette électronique un médicament n'est pas très judicieux », estimait récemment le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du tabagisme. De son point de vue, la e-cigarette en tant que produit de consommation s'adresse à tout le monde, y compris aux jeunes. 
Et grâce à ce commerce libre, le produit peut inciter des personnnes, qui ne sont pas motivées, à arrêter la cigarette. « Si on prend des fumeurs qui sont d'accord pour arrêter de fumer, on sélectionne 1/5 des fumeurs. Alors que la e-cigarette à l'avantage de s'adresser à 100 % des fumeurs. Ces derniers, qui parfois utilisent ce produit juste pour le tester, se retrouvent très souvent pris dans l'engrenage de l'arrêt du tabac », concluait-il.