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Le médecin au coeur de la société

Par Philippe Berrebi avec Cécile Coumau

La crise mondiale, le conflit israëlo-palestinien, ou même la mort de Michael Jackson, à chaque fois, les médecins ont été sur le devant de la scène. 

 "On demande tout au médecin, on demande trop au médecin". Comme le souligne le Dr Henri Rubinstein dans un ouvrage sur la médecine du bonheur, notre société sollicite en permanence le médecin. La médicalisation de la société ne date certes pas d’aujourd’hui. Dès les années 60, Michel Foucault s’intéresse à ce phénomène. Selon lui, « l’autorité médicale n’est plus seulement une autorité de savoir mais une autorité sociale ». Une thèse qui ne cesse de se vérifier. On voit bien que sur tous les sujets de société, les médecins sont appelés à la rescousse. On leur demande à la fois de dépister les futurs délinquants dès la maternelle, de trouver une solution à notre fin de vie ou encore de nous protéger contre tout et n’importe quoi à coups de certificats médicaux et de pilules miracles.


Mais, les médecins sont aussi devenus les derniers confidents de notre société. Selon le philosophe Emmanuel Hirsch, "ils incarnent la compassion d’aujourd’hui". La perte d’influence de la religion n’y est évidemment pas pour rien.Du coup, les médecins sont amenés, bon gré mal gré, à jouer plusieurs rôles dans notre société. Au travers des grands événements qui ont marqué ces six derniers mois, nous allons analyser ces différentes fonctions : témoin, expert, complice, fantassin ou encore amortisseur social.

Les médecins témoins

Janvier 2009, le Dr Régis Garrigue , représentant l’association humanitaire Help Doctors, a été l’un des premiers médecins occidentaux à venir au secours des populations palestiniennes dans la bande de Gaza et à témoigner. Il faut se souvenir qu’à ce moment-là, la grande majorité des ONG étaient totalement empêchées d’agir à cause du blocus israëlien. En l’absence de toute aide médicale internationale, le bilan des 22 jours de conflit a été très lourd: 1500 morts et 5000 blessés. En réussissant avant tout le monde à accéder aux victimes, le Dr Régis Garrigue a joué un rôle indéniable dans ce conflit, mais aussi en alertant la communauté internationale.
 

Six mois plus tard, il publie un livre pour poursuivre son oeuvre de témoignage.Un ouvrage disponible sur son site Internet.

En Iran, la voix des médecins a aussi éclairé l’opinion sur le climat de terreur qui règne actuellement dans ce pays. De passage en France, des médecins iraniens ont témoigné de « la traque sans merci, menée par les miliciens dans les hôpitaux, contre les blessés. »


Les médecins amortisseurs sociaux

Elle a démarré aux Etats-Unis avec les subprimes mais elle s’est répandue dans le monde en quelques semaines. La crise a eu des effets dévastateurs sur l’économie mais elle a aussi chamboulé le monde du travail : licenciements, chômage, course à la performance, cette nouvelle précarité a été et reste synonyme de fragilité. Et là encore, les médecins ont été sollicités pour panser les plaies d’une France malade de la crise… mais pas seulement. Ils n’ont pas joué qu'un rôle de soignant. Ils ont aussi été amortisseur social et révélateurs des effets de la crise. En clair, les chiffres du chômage ne constituent pas les seuls indicateurs de la précarité ambiante. Le mal être qui s’exprime dans les cabinets est aussi un bon marqueur social. En début d’année, le Dr Patrick Légeron, spécialiste du stress au travail, percevait déjà les premiers symptômes de la crise.
 


Les médecins experts

"Dans la plupart des cas de déni de grossesse, l'accouchement est tellement traumatique que si on ne fait pas une réanimation extrêmement efficace après la naissance, ces enfants décèdent tout seul". En plein procès Courjault, ces propos tenus par le Pr Israël Nisand, gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg, sur un plateau de télévision ne sont pas passés inaperçus. D'autant qu'en tant que témoin cité par la défense, il est venu les répéter à la barre du tribunal, le 15 juin dernier. Rappelons que l’affaire Courjault, c’est l’histoire de cette femme qui a reconnu avoir commis 3 infanticides et qui avait congelé les nouveaux nés. Lors de son procès, toute la question était de savoir si elle était victime d’un déni de grossesse. Plusieurs experts psychiatres se sont succédé à la barre, analysant la personnalité de l’accusée et livrant des expertises contradictoires. Ce sont finalement des arguments purement médicaux qui ont fait basculer le procès. Le Pr Israël Nisand, nous raconte ce qu’il a expliqué au tribunal.

 


Les médecins complices

Cette semaine, des centaines de millions de fans ont rendu un hommage funèbre à Michael Jackson. Cérémonie émouvante à Los Angeles qui tranche avec les questions sur les circonstances de la mort de la star planétaire... Car, dès le début, une ombre plane sur cette disparition. Si les résultats de la 2ème autopsie ne seront connus que dans plusieurs semaines, certains proches du roi de la pop n'ont pas attendu pour fustiger les médecins qui l’entouraient et notamment son médecin personnel, le Dr Conran Murray, les traitant de "charlatans" et les accusant de lui « facturer des milliers de dollars de médicaments ». Hier encore, CNN révélait que les marques sur le corps de Michael Jackson, pouvaient être « cohérentes avec une consommation régulière de médicament par intraveineuse, comme le Diprivan », un anesthésiant très puissant.

Mais, il n’y pas que dans le show-business que les médecins peuvent être mis en cause. Certains sports posent clairement la question de leur complicité. Le départ du Tour de France et le retour de Lance Armstrong, ramènent le dossier du dopage à la une de l’actualité. La ministre de la santé, a même déclaré que l’américain, sept fois vainqueur du tour et soupçonné de dopage lors de sa première participation en 1999, serait "particulièrement surveillé". Pour le Dr Jean-Pierre Demondenard, célèbre médecin du sport, la complicité de certains de ces médecins ne fait aucun doute.
 


Les médecins fantassins

S'il est un sujet où les médecins ont été sous les feux de l'actualité, c'est bien celui de la grippe A. Et cette exposition médiatique n'est pas finie. Pour une bonne et simple raison, l'épidémie ne faiblit pas vraiment en cette période estivale et elle risque même de flamber à l'automne. Jusqu'à maintenant, la stratégie de contingentement de l'épidémie avait mis les médecins hospitaliers en première ligne. Mais, avec la propagation de l'épidémie, "notre système de soins de premier recours va être mis sous tension", a prévenu la ministre de la Santé. Et ce probablement dans la seconde quinzaine de juillet. Les médecins généralistes vont constituer la porte d'entrée dans le dispositif de prise en charge mais ils vont aussi devoir jouer un rôle d'information, afin d'éviter tout phénomène de panique. En un mot, ils seront les fantassins de service. Et même s’ils ont le sentiment d’avoir été mis à l’écart jusqu’à maintenant, ils seront en première ligne à la rentrée.

Les explications de Jocelyn Raude, sociologue et spécialiste des représentations des maladies infectieuses.

En incarnant plusieurs rôles à la fois dans la société, le médecin ne risque-t-il pas de brouiller son identité ? Les plus inquiets peuvent se rassurer avec la phrase d’André Soubiran, auteur des "Hommes en blanc", qui disait que "le médecin est un homme fait de tous les hommes".