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Enquête

Comment Monsanto a utilisé la science pour cacher la toxicité de ses produits

Par Joséphine Argence

Une enquête américaine a dévoilé que l'Industrial Bio-Test Laboratories a corrompu les résultats de tests de toxicité chronique pour Monsanto, une entreprise qui développe des produits chimiques. 

angelp/IStock
Monsanto est une entreprise américaine qui a développé le Round-up, un des herbicides les plus utilisés dans le monde, mais également très controversé.
L’Industrial Bio-Test Laboratories (IBT) a falsifié des tests de toxicité chronique pour le compte de Monsanto, selon des chercheurs américains.
Le laboratoire IBT a notamment encouragé Monsanto à utiliser des données frauduleuses pour contrecarrer les enquêtes gouvernementales.

Spécialisé dans la fabrication de produits chimiques, Monsanto est une entreprise américaine qui développe des produits phytosanitaires, notamment le Round-up, l'un des herbicides controversés les plus utilisés dans le monde.

IBT et Monsanto : une falsification des données sur la toxicité de l’amiante et du plomb 

Dans une récente enquête publiée dans l’American Journal of Public Health, des chercheurs de l’école de santé publique Mailman de l’université de Columbia (États-Unis) ont révélé que l’entreprise Industrial Bio-Test Laboratories (IBT), un ancien laboratoire d’essais de sécurité des produits industriels, a falsifié des tests de toxicité chronique pour le compte de Monsanto. Ces documents ont été dévoilés dans le cadre de procédures judiciaires en cours concernant les polychlorobiphényles (PCB) et le Round-up.

En 1969, Monsanto a passé un contrat avec IBT pour réaliser des études sur deux ans, en particulier des recherches sur la toxicité chronique des produits. Les tests de l’IBT ont alors dévoilé des informations sur la toxicité des industries du tabac, de l’amiante et du plomb. Mais les deux entreprises n’ont rien révélé sur les dangers de ces produits. 

"Monsanto s'est arrangé avec IBT pour répéter certaines des études afin d'arriver à de meilleures conclusions"

Lors de leur enquête, les chercheurs ont examiné des documents d’entreprise anciennement secrets qui ont détaillé le rôle d'IBT dans l'encouragement et l'incitation de son principal client, Monsanto, à utiliser des données frauduleuses pour contrecarrer les enquêtes gouvernementales. "Monsanto s'est arrangé avec IBT pour répéter certaines des études afin d'arriver à de meilleures conclusions (…) En effet, les conditions d'essai étaient compromises, mais malgré cela, IBT a produit des rapports apparemment rigoureux sur le plan scientifique concernant trois produits de Monsanto contenant des polychlorobiphényles (PCB), affirmant que les essais prouvaient que les PCB n'étaient pas cancérigènes", a précisé David Rosner, auteur de la recherche et professeur de sciences sociomédicales à l’école de santé publique Mailman de l’université de Columbia. 

En plus d’avoir compromis les conditions des tests, les employés de l’IBT ont également inventé des données. "Cet article montre que l'influence de l'industrie sur les pratiques de laboratoire a rendu la corruption de la science plus probable. Avec ou sans normes réglementaires, nous devons rester vigilants à l'égard des entreprises dont l'intérêt personnel a faussé la science et peut continuer à le faire", a noté David Rosner.