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18% de garçons concernés

Anorexie, boulimie : des troubles sous-estimés chez les garçons

Par Audrey Vaugrente

On décrit souvent les troubles du comportement alimentaire comme féminin. S’ils le sont largement, les cas masculins sont sous-estimés selon une récente étude américaine.

Les garçons sont plus obsédés par leur musculature que par leur poids. Mark Lambie/AP/SIPA
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L’anorexie et les autres troubles du comportement alimentaire (TCA) sont des maladies féminines aux yeux de la plupart des parents et même des médecins. Une étude du Boston Children’s Hospital, parue ce 4 novembre dans le JAMA Pediatrics, vient contredire cette idée reçue. En fait, la prévalence des TCA chez les adolescents masculins serait sous-estimée. Grâce à un sondage effectué pendant 10 ans et aux comptes-rendus de consultations de plus de 5 500 jeunes gens, les auteurs de cette étude révèle que 17,9% des garçons sont préoccupés par leur poids et leur apparence à un niveau jugé extrême.

 

La musculature préoccupe

Si l’on sous-estime les TCA chez les garçons, c’est surtout parce que leur profil change selon le sexe, comme l’explique l’auteur principal de l’étude, Alison Field : « Les garçons et les filles ont des préoccupations très différentes concernant leur poids et leur apparence. » Les adolescentes sont le plus souvent obsédées par la minceur. Les garçons, eux, s'inquiètent davantage de leur musculature. Un participant sur onze se dit « très préoccupé » par ses muscles. Ils sont en revanche 2,5% à être inquiets de leur minceur et 6,3% par ces deux aspects.

 

La plupart des bilans concernant les troubles du comportement alimentaire reflète un désir de minceur. Les statistiques et les médecins négligent donc souvent ces garçons qui veulent se muscler en baissant leur poids. « Les médecins ne sont peut-être pas conscients que certains de leurs patients masculins sont si préoccupés par leur poids et leur apparence qu’ils utilisent des moyens malsains pour parvenir au physique qu’ils désirent. Les parents ne sont pas conscients du fait qu’ils devraient s’inquiéter des troubles du comportement alimentaire et de l’intérêt excessif pour le poids et l’apparence chez leur fils comme chez leur fille, » insiste Alison Field. Selon l’équipe du Boston Children’s Hospital, les jeunes hommes qui prennent des substances pour augmenter leur musculatire sont l’équivalent des jeunes filles qui perdent du poids en utilisant des vomitifs et/ou des laxatifs.

 

Hormones et stéroïdes pour les garçons

Les garçons atteints de TCA posent un problème plus large. Pour se muscler, ils utilisent des compléments alimentaires qui nuisent à leur santé : hormones de croissance et stéroïdes par exemple. Ces produits augmentent en plus les risques de développer d’autres troubles du comportement. Ainsi, les garçons adeptes de ces compléments doublent le risque d’abuser fréquemment d’alcool (le binge drinking) et accroissent celui d’être consommateurs de drogue. Pour mieux comprendre le lien entre TCA et obésité, usage de drogues ou dépression chez les patients masculins, l’équipe a passé en revue les réponses à des questionnaires complétés lors du sondage « Grandir aujourd’hui » (1999-2010).

 

Chiffre inquiétant : un tiers des répondants admettent dans ce sondage avoir des comportements boulimiques, se faire vomir ou trop manger. En France, on estime le nombre de personnes concernées par les TCA à 10% de la population totale, et environ un anorexique sur dix serait un garçon selon l’Association française pour le développement des approches spécialisées (AFDAS).