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Troubles du comportement alimentaire

L'anorexie peut se réveiller après 50 ans

Après l'adolescence, l'anorexie n'est pas toujours guérie. A 50 ans, bon nombre de femmes rechutent à l'occasion d'un événement douloureux. Une prise en charge spécifique s'impose.

L\'anorexie peut se réveiller après 50 ans JAUBERT/SIPA

  • Publié 08.08.2012 à 06h00
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Se regarder tous les matins dans la glace, se peser après chaque repas, bref avoir l’obsession du corps parfait, n’est pas l’apanage des adolescentes. Il semblerait que la sagesse ne vienne pas forcément en vieillissant. En effet, selon une étude américaine parue dans la revue International Journal of eating disorders, les troubles du comportement alimentaire font aussi des victimes chez les femmes de plus de 50 ans. Dans cette tranche d’âge, 8% des femmes avouent s’infliger des purges alimentaires et 3% reconnaissent avoir eu des crises d’alimentation compulsive au cours du mois écoulé. Et cela peut aller bien au-delà de 50 ans. Dans cette étude, des femmes de plus de 75 ans continuaient à faire des régimes drastiques.
Certes, l’échantillon de population n’est pas représentatif de la population puisque qu’un quart des femmes interrogées étaient obèses et un tiers en surpoids. Mais, ces chiffres reflètent bien une réalité. En fait, « la rémission dans les troubles du comportement alimentaire existe mais c’est loin d’être la règle, affirme le Pr Philippe Gorwood, psychiatre à Sainte-Anne (Paris). Une femme de plus de 50 ans qui vient consulter pour anorexie mentale, dans 9 neuf cas sur 10, les troubles sont apparus des années auparavant. »

Ecoutez le Dr Thierry Vincent, psychiatre à Grenoble, spécialiste de l’anorexie : « Dans 30% des cas, le trouble du comportement alimentaire devient chronique ».



Ces femmes d’âge mûr peuvent donc être des anciennes anorexiques, souffrant de séquelles. « En fait, à l’occasion d’un événement personnel douloureux comme un divorce, il n’est pas rare de voir ces femmes décompenser, et donc revoir surgir les troubles », explique Thierry Vincent. Son confrère lyonnais, le Dr Edouard Carrier a lui aussi du mal à croire qu’une femme développe une anorexie mentale à 50 ans. Selon lui, ce trouble cache bien souvent une dépression bien réelle. Et les antidépresseurs sont alors la seule solution.
D’autres situations peuvent mettre à tort sur la piste d’une anorexie mentale. Certaines quadragénaires par exemple, pensent que l’alimentation est la cause de tous leurs maux, le cholestérol, l’hypertension, etc. Elles prennent donc des mesures excessives pour se protéger. Dernier cas de figure : à ces âges, « certaines maladies, comme le cancer du sein, font souffrir, et elles peuvent s’accompagner d’une perte de l’appétit, souligne Philippe Gorwood. C’est bien une anorexie, mais pas mentale».

Une prise en charge délicate à 50 ans
L’anorexie et la boulimie prennent donc généralement racine dans l’adolescence. En revanche, le binge eating - qui touche quand même 3% de la population – peut apparaître plus tardivement. Cette consommation excessive et compulsive de nourriture qui ne s’accompagne pas de vomissements n’est pas rare chez les obèses.
Une fois le diagnostic d’anorexie mentale posé, reste à savoir si l’on traite une femme de 50 ans comme une jeune fille de 17 ans. Première certitude : si le rapport à la nourriture est compliqué depuis des dizaines d’années, la prise en charge risque d’être particulièrement délicate. « D’autant que les anorexiques veulent tout contrôler. Renoncer à leur système de défense demande donc un énorme travail sur soi », précise Edouard Carrier. L’une des thérapies les plus souvent pratiquées est la thérapie de couple, parce que la vulnérabilité génétique n’explique pas tout. L’environnement joue un rôle majeur.


Ecoutez le Pr Philippe Gorwood, psychiatre à Sainte-Anne : « La personne anorexique instaure un système totalement pathologique autour d’elle ».



Côté médicaments, les antidépresseurs donnent de bons résultats dans la boulimie et le binge eating. En revanche, pour l’anorexie mentale, plus les troubles apparaissent tardivement, plus le pronostic est mauvais. Les conséquences des troubles du comportement alimentaire sont en effet souvent plus graves à 50 ans qu’à 20. Le cœur, les intestins et même les muscles souffrent, notamment quand ces femmes s’imposent des séances de sport à outrance.

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