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Grossesse, accouchement

Les sages-femmes défendent leur cause devant France Télévisions

Par Bruno Martrette

Les sages-femmes qui réclament l'accès au statut de praticien hospitalier poursuivent leur grève. Toujours ignorées par la ministre, elles ont campé ce matin devant France Télévisions.

REVELLI-BEAUMONT/SIPA

« Puisque la ministre de la Santé continue d'ignorer les sages-femmes, nous allons multiplier ce type d'action choc pour qu'elle nous entende enfin. » C'est le message adressé au gouvernement par Caroline Raquin, présidente de l'Organisation nationale des syndicats de sages-femmes (ONSSF), contactée ce samedi par pourquoidocteur. En grève depuis le 16 octobre, près de 150 sages-femmes ont en effet passé toute la matinée à camper devant les locaux de France Télévisions à Paris, reprochant aussi aux médias télé leur manque de visibilité à l'antenne. « Surtout que la grève menée depuis deux semaines est de plus en plus suivie dans les établissements », fait remarquer la présidente. Et cette dernière de rajouter que, « ce sont maintenant près de 75 % des maternités françaises qui se sont mises en grève. C'est vraiment très encourageant. Des professionnelles continuent encore aujourd'hui à se déclarer gréviste. » Mais alors, quelles sont les attentes de ces sages-femmes ? pourquoidocteur revient sur les raisons de cette colère.

La reconnaissance de leurs compétences
Ces professionnelles de santé réclament notamment une reconnaissance, en accédant enfin au statut de praticien hospitalier. En effet, même si ces dernières exercent une profession médicale, elles ont depuis toujours le statut de « paramédicale ». Cette absence de reconnaissance par les autorités se ressent également sur la rémunération de ces professionnelles. « Le statut de la fonction publique hospitalière nous considère comme des bac+3, mais nous sommes payées comme des bac+2 et demi, avec même pas le salaire de base qui correspond à un niveau licence. Le pire, c'est qu'en réalité, nous avons un bac + 5, avec une première année de médecine et une formation de quatre ans qui suit pour devenir sage-femme », nous expliquait Caroline Raquin au tout début du mouvement.

Les sages-femmes pratiquent tous les actes d'un suivi de grossesse normal

Mais ce cri de colère, ce n'est pas qu'une histoire de rémunération. Car en milieu hospitalier, les sages-femmes dépendent, pour le moment, entièrement de leur chef de service concernant la politique de suivi de grossesse des femmes enceintes à appliquer.
Or, en pratique, lors des grossesses sans complications, les sages-femmes exécutent tous les actes que font les médecins hospitaliers spécialistes de la grossesse (échographie, préparation à l'accouchement, monitoring...).

Ecoutez Caroline Raquinprésidente de l'ONSSF : « A la maternité où je suis, les sages-femmes font de tout. Des consultations, des échographies...» (entretien réalisé le 11/10/2013)


Le suivi d'une sage-femme : un coût réduit pour la femme enceinte et la Sécu

Mais leur combat, c'est aussi dans le but d'offrir la meilleur prise en charge aux femmes dans les maternités, soulignait Caroline Raquin. En gérant elles-mêmes les services, les sages-femmmes estiment qu'elles seront en mesure d'offrir le meilleur suivie de grossesse et l'accouchement idéal adapté à chaque femme. Un idéal, on l'a compris, bien éloigné des fameuses usines à bébés souvent dénoncées aujourd'hui par de nombreuses sages-femmes.
Enfin, la présidente de l'ONSFF confirmait récemment qu'un suivi de grossesse par une sage-femme assurera à la femme enceinte un moindre coût. Car, ces professionnelles sont moins chères que les médecins. « Les foyers les plus modestes pourraient ainsi faire des économies », avançait Caroline Raquin. « Pour toutes ces raisons, le mouvement est aujourd'hui très bien accepté des patientes qui nous encouragent à pousuivre notre combat », concluait-elle..

Ecoutez Caroline Raquin, présidente de l'ONSSF : « Si le ministère de la Santé investissait sur les sages-femmes, les économies seraient trois fois supérieures à l'investissement de départ. Le gain attendu se chiffrerait en millions...» (entretien réalisé le 11/10/13)


La grève entamée perturbe déjà fortement les maternités
Quoi qu'il en soit, ces professionnelles de santé ne comptent rien lâcher face à la ministre, qui d'après Caroline Raquin, a reçu toutes les professions médicales depuis sa prise de fonction, sauf celle des sages-femmes. Et avec 90 % des effectifs de sages-femmes en grève à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (94) ou encore 100 % à l'hôpital Louis-Mourier de Colombes, où travaille Caroline Raquin, nul besoin de préciser que ce mouvement perturbe déjà lourdement le fonctionnement des maternités.
En grève dure, comme c'est le cas dans certaines maternités, les sages femmes sont assignées en service minimum d'urgence. Dans ces établissements, les sages-femmes ne sont désormais présentes plus qu'en salle d'accouchement, et c'est tout. Dans tous les autres services, consultations, grossesses pathologiques, suites de couches, il n'y a plus aucune de ces professionnelles de disponible.

Ecoutez Caroline Raquinprésidente de l'ONSFF : « Il va falloir que les médecins et les internes s'arrangent pour faire notre travail. Ca va être très compliqué pour eux...» (entretien réalisé le 17/10/2013)