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Campagne nationale

Le dépistage du cancer du côlon s'appuie sur le médecin

Par Cécile Coumau

Après cinq ans d'expérimentation, le dépistage du cancer colorectal s'étend à tous les départements. Objectif : réduire le taux de mortalité de 20%.

MOTS-CLÉS :

« Ma femme a reçu une invitation pour participer au dépistage du cancer colorectal, mais pas moi. Pourquoi ? J'en veux une aussi, » lance un homme d'une soixantaine d'années. « Que Dieu me préserve de cette maladie », lâche cette femme qui refuse le dépliant que lui tend l'infirmière de l'Ademas (1). Cette association du Rhône a garé son Bus Info Santé sur la place du marché de Vaux-en-Velin pour informer la population du lancement du dépistage généralisé du cancer colorectal dans le département, et en France entière. Et les réactions sont variées. « Certaines femmes connaissent déjà l'Ademas puisque c'est nous qui avons organisé le dépistage du cancer du sein, raconte le Dr Patricia Soler-Michel, médecin coordinateur de l'Ademas. Et franchement, le simple mot Ademas ouvre des portes. » Mais le seul mot de cancer en ferme d'autres. C'est pourquoi l'association a décidé de faire tourner le Bus Info Santé dans dix villes du Rhône et d'inciter les 50-74 ans à participer au dépistage (voir reportage ci-contre).


Atteindre 50% de taux de participation


Une action d'éducation à la santé semée d'embûches même si les chiffres sont éloquents. Le cancer colorectal est le 3ème cancer en terme d'incidence (derrière la prostate et le sein) et le 2ème en terme de mortalité après celui du poumon. On enregistre 17 000 décès par an. Mais détecté au stade I, le taux de survie à cinq ans est de 90%. L'intérêt de santé publique n'est donc pas contesté. Pourtant, expérimenté depuis 2003, le dépistage généralisé peine à se mettre en place. En juin, tous les départements français sont mobilisés. « Nous aurons vécu des années d'hésitations avant qu'il ne sorte du bois, » reconnaissait le Pr Dominique Maraninchi, président de l'Inca (2), en mai dernier. Maintenant, la cible à atteindre est précise : 16 millions d'hommes et de femmes entre 50 et 74 ans seront invités à se faire dépister tous les deux ans. L'efficacité attendue est elle aussi clairement affichée : un taux de participation de 50% et un taux de coloscopie de 85% chez ceux qui auront eu un test positif. Ainsi, le taux de mortalité baisserait d'environ 20%.

Pour mettre toutes les chances de leurs côtés, les pouvoirs publics ont tiré les enseignements du dépistage du cancer du sein. Concrètement, le généraliste est, cette fois, le pivot du dispositif puisque c'est à lui que revient la tâche de remettre à son patient le test de recherche de saignement occulte dans les selles. Des études menées dans les CPAM d'Aquitaine et de Nord-Picardie ont en effet montré que lorsque le test est distribué par un généraliste, il a quasiment trois fois plus de chances d'atteindre son but que si il est envoyé par la poste. Le médecin généraliste doit aussi évaluer le niveau de risque du patient et s'assurer qu'il ne présente pas des critères d'exclusion. En cas de symptomatologie digestive suspecte, d'antécédents personnels de cancer ou d'adénomes colo-rectaux, il est recommandé de pratiquer tout de suite une coloscopie.

Des obstacles subsistent malgré tout. Le débat sur la fiabilité du test Hemoccult a notamment créé des remous dans la communauté scientifique. En effet, un test négatif n'exclut pas la présence d'un cancer puisque la sensibilité du test au gaïac est de 50%. « Lors des formations au dépistage, c'est l'inquiétude que les généralistes ont le plus manifesté », témoigne le Dr Claude Martineaux, ancien membre du Réseau Onco Argenteuil. La rémunération des médecins risque aussi de mettre des bâtons dans les roues. « Elle est symbolique, reconnaît le Pr Jean Faivre, président du groupe technique sur le dépistage du cancer colorectal. Mais, la rémunération des actes de prévention est en débat dans la convention. J'espère donc qu'elle va s'améliorer ». Actuellement, la rémunération dépend du nombre de tests effectués dans l'année. Elle va de 60 euros pour 10 à 20, à 1030 euros pour 100 à 200 tests. « C'est totalement injuste, s'insurge le Dr Martineaux. Parce que si le patient ne va pas faire son test, le médecin a quand même fait son travail d'information. » 


Du côté du public, le dépistage du cancer colorectal a aussi besoin de faire ses preuves. Selon une enquête TNS-Sofres réalisée pour les laboratoires Roche, 36% des personnes interrogées ne se sentent tout simplement pas concernées. Rien d'étonnant à cela puisque le dépistage ne s'adresse qu'aux asymptomatiques. Ils sont aussi 18% à regretter le manque d'incitation de leurs médecins.

L'expérience dans les 23 départements pilotes n'est pas pour le moment totalement concluante. Selon l'Institut de veille sanitaire, le taux de participation à la première campagne d'invitation au dépistage est en moyenne de 42%, donc en deçà des 50%. Il passerait en-dessous de la barre des 40% pour la deuxième campagne. Pour convaincre plus largement, une campagne grand public est prévue en septembre.



(1) Association pour le dépistage organisé des cancers dans le Rhône
(2) Institut national du cancer