ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Seniors : l'obésité et la maigreur augmentent la perte d'autonomie

Alimentation

Seniors : l'obésité et la maigreur augmentent la perte d'autonomie

Par Afsané Sabouhi

Un tiers des personnes âgées de plus de 75 ans souffrent de maigreur ou d’obésité, deux pathologies fréquemment responsables de pertes d’autonomie.

FAYOLLE PASCAL/SIPA

« Les conseils nutritionnels ne protègent pas contre toutes les maladies. Mais pour se donner statistiquement toutes les chances de bien vieillir, il faut commencer par maintenir son indice de masse corporelle dans la fourchette normale, entre 18,5 et 25 », conseille le Pr Joël Belmin, chef du pôle de gériatrie de l’hôpital Charles Foix à Ivry-sur-Seine (94).

Une étude publiée le 22 octobre dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire souligne en effet que l’obésité et la maigreur chez les personnes âgées, hommes et femmes, doublent le risque de perte d’autonomie. Or dans cette étude menée auprès de 4650 seniors de plus de 75 ans, 14,9% étaient en situation de maigreur et 50,4% en situation de surpoids ou d’obésité (14,6%). « Les problématiques de maigreur et de dénutrition s’observent davantage après 85 ans, tandis que le surpoids et l’obésité portent plutôt atteinte à l’autonomie des « jeunes vieux », entre 60 et 80 ans », précise le gériatre.

La perte de masse musculaire fait des dégâts

L’association entre maigreur et perte d’autonomie ou obésité et perte d’autonomie n’est pas une simple relation de cause à effet. « Dans le cas de l’obésité, on pourrait penser que ce sont des difficultés articulaires qui réduisent l’autonomie. En réalité, explique le Pr Xavier Hébuterne, chef du service de gastro-entérologie et nutrition clinique au CHU de Nice, chez de très nombreuses personnes âgées, il s’agit d’une obésité sarcopénique. C’est à dire qu’elles ont une masse grasse trop importante et une masse musculaire insuffisante et la somme des deux retentit sur leur autonomie ».

Ecoutez le Pr Joël Belmin, chef du pôle de gériatrie de l’hôpital Charles Foix à Ivry-sur-Seine (94) : « Une perte de poids nuit à l’autonomie mais une restriction de l’autonomie peut aussi entrainer une perte de poids. On peut même entrer dans un cercle vicieux »



Le message des spécialistes est donc très clair : à la hausse comme à la baisse, les variations de poids ne sont pas anodines chez les personnes âgées. Mais encore faut-il les repérer. « Il faut que les professionnels de santé s’obligent à peser les patients âgés à chaque consultation pour avoir une courbe de poids, exactement comme on le fait en pédiatrie », souligne Xavier Hébuterne, qui incite également ses patients à faire leur auto-surveillance en se pesant une fois par semaine.

Cette surveillance régulière peut permettre de corriger rapidement les apports alimentaires en cas de perte de poids. L’étude publiée dans le BEH montre par exemple que seul un tiers de personnes âgées consomment effectivement les 3 produits laitiers journaliers recommandés. « Il y a encore beaucoup d’idées reçues qui demeurent parmi les personnes âgées. Même si l’appétit diminue, se contenter d’une soupe le soir, ça ne suffit pas ! Sans augmenter la quantité, il faut l’enrichir sur le plan protéique et énergétique sous forme de fromage râpé, de pâtes ou de crème fraîche… », conseille le Pr Hébuterne.


Attention aux régimes chez les personnes âgées

Difficile en revanche d’intervenir chez une personne âgée obèse. « Plutôt que sur la quantité à travers des régimes qui pourraient se révéler dangereux, il faut jouer sur la qualité des apports nutritionnels : privilégier les fruits et légumes pour l’apport d’anti-oxydants, choisir la nature des graisses absorbées avec une préférence pour l’huile d’olive et maintenir les apports en calcium via les produits laitiers », détaille le Pr Belmin.

Ecoutez le Pr Xavier Hébuterne, chef du service de gastro-entérologie et nutrition clinique au CHU de Nice : « Il faut être très très prudent avec les régimes contraignants après 75 ans au risque de voir fondre la masse musculaire »



Or c’est dans la masse musculaire que l’organisme âgé viendra puiser les réserves nécessaires en cas de maladie. Il est donc essentiel de la préserver par une alimentation équilibrée et suffisante et en continuant à la solliciter par une activité physique adaptée. Ce que le Programme national nutrition et santé résume en deux mots slogans : manger bouger.