ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Marseille : le Clostridium difficile a un fort potentiel pandémique

Entretien avec le Pr Didier Raoult

Marseille : le Clostridium difficile a un fort potentiel pandémique

Par Bruno Martrette

Le Clostridium difficile O27 se répand à Marseille provoquant de sévères diarrhées, voir même des décès chez les plus sensibles. La bactérie inquiète surtout à cause de son caractère pandémique.

Jeff McIntosh/AP/SIPA

Un vent de panique souffle actuellement sur les hôpitaux marseillais. Depuis mars 2013, la souche O27 du Clostridium difficile, une bactérie qui provoque de sévères diarrhées, est en effet soupçonnée d'être à l'origine de 3 décès dans les Bouches-du-Rhône, selon l'Agence régionale de santé de Provence-Alpes Côté d'Azur. De plus,  41 personnes auraient déjà été infectées par cette bactérie. Face à ce constat, les premières polémiques sur les chiffres débutent. D'après le Pr Didier Raoult, à la tête du laboratoire de microbiologie des hôpitaux de Marseille, « le nombre de morts serait plus élévé. » Contacté par pourquoidocteur, ce virologue marseillais confie ses inquiétudes sur la toxine O27 des Clostridium difficile, qui est « très contagieuse » et présente « un fort potentiel pandémique. »

La résistance de la souche aux antibiotiques : un problème thérapeutique
Pr Didier Raoult : Le Clostridium difficile O27 pose un problème aux médecins, parce que c'est une bactérie multirésistante. Face à un cas d'infection, les professionnels de santé peuvent avoir un soucis thérapeutique, car bien souvent, il ne reste qu'un antibiotique efficace : la colimycine. Malheureusement, on peut aussi devenir très vite résistant à cet antibiotique. On a plusieurs souches de cette bactérie, qui viennent d'Israël par exemple, qui sont devenues entièrement résistantes à tous types d'antibiotiques. Dans ce cas, nous sommes vraiment dans une impasse thérapeutique.



La toxine 027 est épidémique, voir pandémique
Pr Didier Raoult :  Il y a un clone, un mutant, parmi tous les Clostridium difficile qui ont une toxine, qui s'appelle « O27 ». Elle est apparue il y a un peu plus de dix ans, et inquiète les scientifiques car elle est épidémique, voir même pandémique. Elle est très contagieuse et c'est pour cela qu'elle a atteint le monde entier. De plus, la souche O27 est très souvent associée à une mortalité élevée. On a tout de même un taux de mortalité de 30 % avec les premiers cas rapportés en France. C'est un agent d'épidémie et donc de pandémie mondiale. Il avait jusqu'à présent épargné la France, sauf un épisode de cas à Lille en 2006, qui avait tout de même provoqué 23 morts au final. Depuis, il avait disparu, sans que l'on puisse trop expliquer comment ni pourquoi. Et là, il est réapparu.
 



L'Agence régionale de santé PACA en retard sur le nombre de décès suspects ?
Pr Didier Raoult :
Nous, d'après nos données, on sait qu'il y a déjà eu six décès au sein du CHU de Marseille, qui pourraient être liés au Clostridium difficile O27. Et, avec mes contacts dans les maisons de retraite, nous avons été informés encore de deux nouveaux morts dans certains de ces établissements de la région PACA. Donc, au minimum, le bilan atteint déjà 8 décès. Mais, lors d'une mort liée à une bactérie, le problème est toujours le même, c'est celui de l'imputablité. A chaque fois, Clostridium difficile est l'un des cofacteurs de la mort, associé à un âge avancé et à différentes pathologies déjà existantes.



Pourquoi la région PACA est la seule touchée ?
Pr Didier Raoult : 
Concernant Clostridium difficile, on est les seuls à Marseille à les rechercher car nous sommes très en avance techniquement. Pour l'instant, la détection de la souche O27 n'est pas remboursée. En PACA, on le fait parce qu'on est le meilleur centre en matière de détection des épidémies en France. Mais cette bactérie existe sans doute dans beaucoup d'autres régions, mais il est probable que personne ne le sache. Enfin, Marseille est un carrefour de population qui brasse beaucoup de monde. Ces flux de personnes favorisent bien évidemment la propagation des virus.